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Jean-Jacques Goldman : juste un homme...

Justice au Singulier - philippe.bilger, 18/11/2017

JJG : juste un homme, oui, mais quel homme !

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J'écoute "Juste quelques hommes" et tout naturellement le titre de mon billet m'est venu.

A chaque fois c'est la même chose.

D'un oeil distrait j'avais regardé les programmes de la télévision. A 23 heures, sur France 2, un "Complément d'enquête" consacré à Jean-Jacques Goldman (JJG). J'étais sûr de m'en dispenser. Il paraît qu'on n'y apprenait rien et qu'on n'avait droit qu'à des témoignages déjà entendus.

Mais à chaque fois, c'est la même chose.

Cette émission venait juste de commencer et je ne l'ai pas quittée, fasciné, curieux, ému ou nostalgique, et je suis même allé jusqu'à supporter les banalités de la philosophe de service sur JJG.

Comme j'ai tout lu sur lui, que je crois n'avoir rien manqué de ce qu'il a pu dire ou écrire, que j'aurais pu concourir pour savoir qui était l'amateur meilleur connaisseur de JJG - avec les Beatles : pas le pire des choix ! -, je n'ai rien gagné, je n'ai rien acquis de plus.

Mais à chaque fois, c'est la même chose. On me reprochera mon infantilisme. Comme si les crépuscules n'avaient le droit d'admirer que des compagnonnages de leur niveau, des personnalités sérieuses, graves et si souvent ennuyeuses.

La magie intacte, renouvelée. Ce parcours d'un jeune homme passionné de musique mais qui ne voulait pas chanter. Puis "il a suffi d'un signe..."

Un succès fulgurant et mérité, des millions de personnes enthousiasmées à l'écoute de ces mélodies évidentes, entraînantes, apparemment faciles à composer, de ces paroles qui tranchaient dans un univers où la débilité était rarement détrônée.

Face aux critiques et au mépris des "spécialistes" - une engeance dont je ne raffole pas -, un humour remerciant tous ses "fans" d'avoir bien voulu juger par eux-mêmes.

Un père admiré, lui ayant transmis les valeurs fortes de l'honnêteté et de la modestie.

Un demi-frère Pierre Goldman dont Jean-Jacques n'a jamais voulu parler mais qui a sans doute apporté son lot d'ombres, de mystères et de mélancolie en lui.

Une détestation de la vulgarité du show-business même si grâce à son frère Robert, si dur en négociations, il a obtenu des pourcentages inédits, exceptionnels qui lui ont permis, avec son travail, ses représentations, ses ventes, ses compositions, le passage régulier de ses chansons, de se constituer une immense fortune. Je me souviens encore de son propos ancien affirmant qu'il était heureux de payer beaucoup d'impôts en France.

Jean-jacques-goldman

Le retrait, le silence. La quotidienneté familiale la plus simple qui soit, à Marseille puis en Angleterre. Il paraît qu'il pourrait revenir en France (VSD).

Une discrétion absolue, non pas ostensible ni narcissique mais constante, authentique, révélant le fond de l'être.

Un refus si rare de donner son avis sur tout, de dire aux gens ce qu'ils doivent penser, de faire preuve de cette arrogance qui est généralement indissociable de la superficialité de ceux qu'on consulte à tout bout de champ, de ces artistes qui se servent d'une lumière conjoncturelle pour nous asséner des bêtises structurelles.

Une volonté de ne s'attacher qu'à l'amélioration concrète, efficace, forcément bénéfique de ceux qui ont faim et froid.

La capacité de répondre aux absurdités sur une superbe chanson confrontant l'idéalisme et l'action, la jeunesse à la maturité par un sketch se moquant de ses contempteurs comme de lui-même.

A chaque fois, c'est la même chose.

Probablement est-on trop gangrené par une médiocrité culturelle et médiatique, l'invasion d'histrions, pour ne pas porter aux nues une personnalité comme celle de JJG, qui est aux antipodes de ce que je honnis !

Un miracle qui démontre qu'une existence peut avoir sa rectitude, sa logique, sa cohérence, ne pas proposer une éthique à mi-temps. JJG, le seul dont la première place au classement du JDD était justifiée !

Je ne voulais pas voir cette émission mais c'est comme une drogue. Et tout se terminera de la même manière. Je vais tenter à nouveau l'impossible : le convaincre d'accepter un questionnement de ma part.

Il ne répondra pas et il sera fidèle à ce que j'aime chez lui. Il tient, il se tient.

JJG : juste un homme, oui, mais quel homme !


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