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Détox : une maladie d'aujourd'hui ?

Justice au Singulier - philippe.bilger, 26/08/2017

La détox d'aujourd'hui est un aveu d'impuissance. Une illusion de santé. Une façade. Un vide artificiel. Le contraire de ce que le métier de vivre attend de nous.

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Tant de ridicules, de supercheries et de manipulations dont la modernité se repaît. Pour s'abandonner à toutes les extrémités mais prétendre se soigner en même temps.

Par exemple les marchands de bonheur qui pullulent et seraient risibles s'ils n'incitaient pas, par lucre, à une dépossession de soi-même.

Le domaine de l'alimentation où le snobisme et le corps se rejoignent pour des cures dispendieuses d'autant plus bénéfiques, paraît-il, qu'elles se dérouleraient dans des pays lointains, exotiques.

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Aussi l'organisation de stages et de formations qui ont pour vocation de désintoxiquer par exemple de la drogue des réseaux sociaux et d'apprendre à ceux qu'on qualifie de dépendants, quasiment de malades à se priver de tout ce qui irriguait leur vie quotidienne au-delà du champ professionnel (France Inter).

Je ne parviens pas à concevoir comment de telles entreprises osent se proposer et réussissent à convaincre. A persuader que la mauvaise utilisation des techniques et la médiocre gestion des plaisirs représentent un tel danger qu'il faille à tout prix s'y soustraire au lieu de s'efforcer de les maîtriser.

J'irais jusqu'à imaginer que la normalité est refusée pour permettre aux stratégies et au commerce des désinvestissements et de la détox d'exister et de faire florès.

Il serait pourtant si simple - mais peut-être plus épuisant que je ne le pense - d'affronter les outils qui embellissent l'existence, les bonheurs qui la comblent, les mille voluptés mises à notre disposition par une modernité et une sensualité nous gouvernant moins qu'on ne les gouverne en leur imposant notre rythme, nos règles, notre mesure.

Serait-il utopique de dominer la bombance compulsive et le vin jusqu'à l'ivresse, de se détacher des portables lors des déjeuners ou des dîners, de ne pas pianoter ou répondre face à autrui qui ne peut prendre cette désinvolture que pour de l'indifférence, voire du mépris ? Serait-il choquant, dans les établissements scolaires, de veiller à la discipline élémentaire, au début des cours, de l'abandon des mobiles ? Serait-il absurde de concilier la richesse du nouveau et le risque de l'autarcie avec la qualité du savoir-être, du savoir-vivre, pompeusement de la civilisation ?

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Il faut croire qu'on préfère pousser l'aberration jusqu'à apprendre à se passer de tout, contre tous les bénéfices du corps, de l'esprit et du coeur, plutôt que s'efforcer à une juste mesure, à des pratiques acceptables. La mode détox est un signe éclatant de faiblesse en amont, d'illusion en aval. Ce qui a besoin d'une détox pour s'effacer reviendra tôt ou tard, comme un boomerang pervers et inévitable, vous gangrener le quotidien et de détox en détox, on guérira des dépendances pour tomber dans une autre plus grotesque, moins compréhensible.

Au fond on ne sait plus vivre, comment vivre, comment bien vivre.

J'admets être loin de la perfection dans ces démarches que je recommande. Je pourrais me passer d'Internet durant quelques jours mais le prétexte de mon blog, avec un billet tous les deux jours, me donne une excellente excuse pour ne pas l'oublier totalement.

Il me semble que le salut réside cependant, pour toutes les dépendances, les excès, les dominations de la matière sur soi par précisément un ressaisissement de soi. Un humanisme à notre mesure. Une harmonie à notre taille.

La détox d'aujourd'hui est un aveu d'impuissance. Une illusion de santé. Une façade. Un vide artificiel.

Le contraire de ce que le métier de vivre attend de nous.


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