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L’école pour venir en aide aux familles en difficulté (468)

Droits des enfants - Jean-Pierre Rosenczveig, 17/05/2012

L’aura-t-on relevé ? L’engagement de recruter 60 000 personnels à l’Education nationale sur le temps du quinquennat ne vise pas seulement des enseignants même si d’abord ce sont des maîtres et des professeurs qui seront recherchés. Le souci est de profiter de … Continuer la lecture

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L’aura-t-on relevé ? L’engagement de recruter 60 000 personnels à l’Education nationale sur le temps du quinquennat ne vise pas seulement des enseignants même si d’abord ce sont des maîtres et des professeurs qui seront recherchés. Le souci est de profiter de cet effort pour intégrer des « infirmières ». Il faut certainement voir  derrière cette formule l’intention de renforcer le service de santé scolaire et certainement le service social scolaire qui, de longue date (rapport Beaupère du CES des années 75), ont été identifiés comme deux des maillons faibles du dispositif de protection de l’enfance, le troisième étant le service de pédo-psychiatrie du. Rien n’a (malheureusement) changé depuis.

S’agissant du service de santé scolaire et du service social scolaire il y a bien eu deux impulsions données successivement par Lionel Jospin puis par Français Bayrou quand ils se sont succédé au ministère de l’Education nationale. Il s’agissait à l’époque pour chacun de recruter 200 personnels supplémentaires chaque année. Puis Ségolène Royal en charge de l’enseignement scolaire avait tenté de contracté avec des médecins libéraux, mais je ne suis pas certain de l’efficacité de ce dispositif. Récemment en 2005 on annonçait un plan quinquennal de 1500 infirmières. Il me semble qu’on reste loin du compte avec environ 1500 médecins et largement moins de 10 000 infirmières scolaires.

Tout cela est bien peu au regard des missions qui incombent à ce service de santé scolaire et au service social scolaire qui tous les deux, dépendant donc de l’Etat-Education nationale après avoir été rattachés un temps aux affaires sociales. La précision n’est pas inutile quand on sait que la PMI, l’Aide sociale à l’enfance et l’Action sociale relèvent du président du Conseil général.

De longue date je suis convaincu que ce dispositif médico-social installé à l’école est potentiellement le maillon essentiel de l’aide qui peut être apporté aux familles  c’est-à-dire aux enfants, mais également aux parents les plus fragiles soit pour être confrontés à des faiblesses chroniques, soit parce que frappés par des accidents de la vie

Par son maillage territorial, l’école comme le dispositif de santé, offre la possibilité de rencontrer tous, ou quasiment tous, les enfants vivant sur le territoire national  quelles que soient leurs origines.

Elle peut permettre très tôt d’identifier des enfants confrontés à des difficultés familiales, sociales ou personnelles et souvent en arrière-fond des familles en souffrance afin de leur apporter au plus tôt une aide, avant que cette situation ne dégénère ou ne s’accentue notamment par l’échec scolaire.

Immédiatement, en réflexe, revient à l’esprit la polémique suscitée en 2005 par l’expertise de l’INSERM qui affirmait qu’il était possible de repérer dès la petite enfance ceux des individus destinés à être les délinquants de demain. De cette approche scientifique contestée et contestable car singulièrement lacunaire, le politique en avait déduit la nécessité de mettre en place un dispositif de repérage et de fichage.

Cette double erreur ne doit pas conduire à nier que très tôt des enfants sont en souffrance et que derrière ces enfants il y a le plus souvent des adultes, leurs parents, eux-mêmes en grande difficulté.

Elle ne doit pas non plus nous amener à oublier que les familles les plus fragiles de France placent peu de confiance dans les travailleurs sociaux et leurs institutions. Elles ont pu en pâtir dans leur histoire et ont la dent dure. Tout simplement elles attendent des services sociaux qu’ils leur apportent revenus et logement. Las ! A défaut d’être mobilisés il faut aux services sociaux se rendre vers ceux qui ont besoin d’eux et s’implanter dans les lieux que ceux-là fréquentent. Et comme je l’avance l’école est un de ces lieux.

Quelles pistes suivre pour y parvenir ?

L’une consisterait dans une nouvelle étape de la décentralisation à transférer aux Conseils généraux le service social scolaire et le service de santé scolaire de façon à ce que les 5 doigts de l’intervention sociale (PMI, ASE, AS, service de santé scolaire et service social scolaire) soient réunis dans une même main. Les résistances sont fortes pour y parvenir de la part de certains professionnels, mais force est aussi de constater que les finances publiques territoriales sont tendues après de nombreux transferts de compétences.

On peut déjà renforcer ces deux services comme s’apprêtent à le faire le nouveau gouvernement. Il faudrait dès lors y mettre le paquet. Plusieurs milliers d’emplois sont nécessaires. On peut y parvenir sur un plan quinquennal. La prévention a un coût qu’il faut savoir investir. Il sera intéressant d’attendre les précisions qui ne sauraient tarder de la part du nouveau ministre de l’éducation s’agissant d’une mesure emblématique.

Sans négliger la piste d’une augmentation des moyens, on peut surtout tenter de faire plus avec les moyens existants en les articulant réellement d’une manière volontariste. Pourquoi ne pas promouvoir des conventions Etat–conseils généraux et même communautés urbaines pour que chacun, s’appuyant sur l’autre et apportant ses troupes et ses compétences au service public, le social et la santé investissent l’école du primaire au lycée ? Du donnant–donnant ! C’est l’intérêt de l’Etat d’avoir des élèves en meilleure forme pour recevoir le savoir déversé quotidiennement sur leurs têtes par ses enseignants quand trop souvent ces enfants sont ailleurs ; c’est l’intérêt des services sociaux territoriaux qui n’arrivent à pénétrer certains quartiers ou certains immeubles de rencontrer les enfants en difficulté là où ils sont naturellement, à l’école.

Concrètement les services départementaux ou municipaux pourraient tenir des permanences dans des établissements scolaires

Cette démarche pourrait contribuer à ce que nombre de jeunes ne décrochent pas de l’école et dans le même temps voient leurs difficultés familiales, psychologiques, sociales prises en compte et traitées rapidement sans attendre que le bel enfant devienne l’enfant pour lequel on est convoqué car il pose problème avec des parents souvent dépassés et découragés pour avoir été laissés trop longtemps sans soutien.

Bref, on peut faire une offre de service social autrement qu’en se contentant d’une démarche de création de postes qui, pour indispensable qu’elle soit, touche nécessairement ses limites au regard des besoins.

Jeunesse et justice.


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