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Un président au vert

Justice au singulier - philippe.bilger, 14/07/2013

François Hollande a souligné que pour la croissance, il fallait de la confiance. Il m'a semblé, sans vouloir le désobliger, qu'en masquant comme il pouvait ses doutes, il manquait précisément de cette confiance qu'il désirait plus que tout insuffler à la France.

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Les sifflets nombreux au passage de François Hollande sur les Champs-Elysées, pour le défilé du 14 juillet, sont non seulement choquants, parce qu'ils offensent la fonction qu'il incarne et, d'une certaine manière, la France, mais surtout stupides.

Parce qu'ils accablent cette personnalité comme si elle était guerrière, partisane et sectaire alors qu'elle est exactement le contraire, pour le pire et le meilleur.

J'ai encore plus ressenti la justesse de cette perception en écoutant les réponses du président durant 35 minutes et je dois reconnaître que le couple de journalistes n'a pas trop mal fonctionné au regard du temps limité qui lui était imparti et ne permettait pas des relances ainsi qu'une pugnacité plus affirmée (France 2, TF1).

Le président de la République était au vert.

Je ne fais pas référence au cadre champêtre qui pourrait séduire même ceux que la politique ne passionne pas.

Je n'entends pas par là que François Hollande n'aurait pas pris au sérieux cet entretien et qu'il aurait traité avec désinvolture cette adresse aux Français par médias interposés. La gravité, l'urbanité, la patience, le refus de laisser paraître le moindre agacement frôlant l'impérieux, le talent explicatif et la maîtrise verbale - sauf dans les tout premiers instants - étaient fidèles au rendez vous et nous donnaient un président dans sa plénitude de caractère, technique.

Je ne prétends pas non plus faire un sort à la forte insistance écologique de certains propos. L'hommage à la qualité de Delphine Batho - il le fallait bien !-, l'importance de la transition énergétique et l'injonction réitérée, contre Arnaud Montebourg mais lui ne risque rien, de ne pas autoriser en France l'exploration du gaz de schiste. Ce qui montre à quel point, poussé à ses extrêmes limites, le principe de précaution, déjà cher à Jacques Chirac, est une ânerie et un frein.

Quand j'évoque un président au vert, j'aurais aussi bien pu parler d'un pouvoir en chaussons.

Un mélange de banalités nécessaires et parfaitement brevetées pour l'humanisme et la morale d'un côté et, de l'autre, quand il s'agissait d'entrer au vif de l'action entreprise, des résultats espérés et de l'avenir de notre pays, des explications, des assurances vagues, une détermination à laquelle lui-même ne semblait pas croire. Avec quelle prudence, quelle modestie il a glissé que "la reprise est là" ! Lucide sur les perspectives et concédant une augmentation des impôts en 2014, il paraissait, pour une fois, être moins imprégné par un optimisme tactique et volontariste qu'à l'ordinaire. Il y avait des ombres dans les répliques.

Sur le premier plan, François Hollande, si à l'aise avec les idées générales et les évidences éthiques, a déclaré ce qui convenait sur le droit de Nicolas Sarkozy à revenir concourir s'il en avait envie, sur le respect absolu des institutions et notamment des décisions du Conseil constitutionnel, sur le fait qu'il n'avait pas à se mêler de la vie de l'opposition, sur l'indépendance de la justice et sur l'exigence, pour un président, de penser au-delà de soi. Il a évidemment dénoncé le FN mais sans s'attarder, lui imputant paresseusement d'être contre l'Europe et contre l'étranger, et a rapidement évacué son petit reniement tenant à son interview à l'Elysée.

Tout cela était frais, rafraîchissant, sans surprise d'autant plus que François Hollande, dans ces domaines plus d'attitude que d'action, n'a pas encore rendu caduques ces belles gracieusetés et délicatesses.

Loin de moi l'impudence de les tenir pour rien mais force est de devoir admettre que l'abandon, durant un quinquennat, de toute morale publique n'accordait pas au successeur la liberté de ne se préoccuper que d'elle en semblant négliger l'essentiel d'une politique - une vision, une cohérence, de l'audace, des actes à hauteur, des résultats pas seulement escomptés mais tangibles. Une bonne volonté avec des effets. On ne peut pas seulement conseiller aux Français d'attendre 2017.

En écoutant François Hollande rappeler ce qui selon lui allait améliorer le sort, le destin de la France, je ne pouvais m'empêcher de songer que l'homme était honnête et intelligent, qu'il avait de la conviction et de bonnes dispositions éthiques, que l'état de droit ne lui était pas étranger, que le langage de la démocratie lui était familier, qu'il était respectueux d'autrui mais que d'une part sa boîte à outils manquait du principal - des pièces et un mode d'emploi efficients - et que d'autre part un président naturellement, structurellement au vert ne peut pas se métamorphoser en patron de combat.

Pourtant, la République n'oblige pas à choisir entre l'absence d'éthique et la compétence ou la morale et l'insuffisance. Sinon, ce serait à désespérer.

François Hollande a souligné que pour la croissance, il fallait de la confiance.

Il m'a semblé, sans vouloir le désobliger, qu'en masquant comme il pouvait ses doutes, il manquait précisément de cette confiance qu'il désirait plus que tout insuffler à la France.



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