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Le CRIF ovationne, la peste monte !

Justice au Singulier - philippe.bilger, 21/02/2019

Que le CRIF ait ovationné le président, c'est bien. Que la peste monte, c'est tragique. Qu'on gagne le combat contre elle, ce serait enfin efficace sur le plan républicain. On ne se payerait plus seulement de mots. Contre le Mal.

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Il n'est pas un Premier ministre qui n'ait pas annoncé des mesures contre l'antisémitisme et le racisme. Qui n'ait pas exprimé sa honte face à ce poison qui gangrenait les veines de la France.

Il n'est pas un président de la République qui ne se soit pas rendu à l'invitation du CRIF. La plupart du temps applaudi. Rarement contesté ou même hué.

Le président de la République, dans la soirée du 20 février, a connu ce moment de grâce : l'ovation de la part d'une assistance légitimement inquiète puis rassurée.

Pourtant la teneur de son propos a été courageuse. Il a évidemment pris la mesure de la montée absolument sans précédent de l'antisémitisme. La progression sensible chaque année de ce fléau intellectuel et civique a été indéniable mais la terrifiante accélération de ce mal en 2018 a représenté un signal d'alerte inédit, une menace dont Emmanuel Macron a souligné à juste titre le caractère exceptionnel.

Comme si la dénonciation permanente et seulement humaniste de l'antisémitisme n'avait abouti, dans des esprits malades, haineux ou odieusement politisés, qu'à l'effet inverse de celui souhaité. En répétant pour éradiquer, on installe et on renforce le pire. C'est un paradoxe sombre dont je n'ai pas seulement relevé l'existence dans ce domaine capital de notre savoir-vivre républicain.

Le président de la République, s'il a annoncé une loi au mois de mai prochain pour tenter de purifier Internet et les réseaux sociaux - bon courage ! -, n'a pas cédé à la tentation perverse de donner l'impression d'une action en inscrivant les infractions antisémites et racistes dans le droit commun.

Certains avocats et la LICRA par exemple, aspiraient à cette banalisation procédurale mais je suis sûr qu’Emmanuel Macron a bien fait en refusant l'amalgame entre des "actes" délictuels et criminels et des "paroles" abjectes, indécentes, scandaleuses, mais des paroles (Le Figaro).

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Il était nécessaire de ne pas succomber à cette propension française, face à une impuissance concrète, de proposer des rigueurs symboliques qu'on ne saurait, sur le plan de la preuve, mettre sur le même plan : par exemple la matérialité délictuelle ou criminelle des transgressions antisémites et l'expression de critiques, voire d'injures qui pourraient parfois être protégées par une liberté poussée au comble. Dans la réalité, tout n'est pas toujours aussi honteusement simple que ce qui a offensé Alain Finkielkraut et indigné une majorité de citoyens.

Le président également n'a pas projeté la pénalisation de l'antisionisme même s'il a accepté de l'intégrer dans une définition plus large de l'antisémitisme. L'antisionisme, en effet, peut relever d'une opinion, d'une conviction légitimes dès lors qu'il ne vise pas absurdement à remettre en cause l'existence de l'Etat d'Israel mais seulement sa politique.

Emmanuel Macron avait solennellement déclaré après la violation de sépultures juives à Quatzenheim : on fera des actes, on fera des lois et on punira.

Heureusement, peu ou prou, il a abandonné la facilité des lois qui trop souvent se substituent à l'action. Un leurre qu'on agite devant les citoyens pour leur donner l'illusion d'un Etat réactif.

Face aux crises qui blessent la République et qui concernent le registre pénal, il y a trois manières de ne rien accomplir : instaurer une répression théorique plus sévère, allonger le délai de prescription et proposer de nouvelles lois.

La France dispose actuellement de l'arsenal législatif qui lui permettrait de répondre à la malfaisance de l'antisémitisme et du racisme. Il faut déterminer précisément qui sont ces fauteurs de haine selon toutes les modalités dont ils usent. Les interpeller, les poursuivre et les condamner s'ils sont coupables avec l'interprétation adaptée à la gravité de chaque espèce, à la personnalité de l'auteur et à l'éventuelle réitération ou non de ce type d'agissements.

Que le CRIF ait ovationné le président, c'est bien. Que la peste monte, c'est tragique. Qu'on gagne le combat contre elle, ce serait enfin efficace sur le plan républicain.

On ne se payerait plus seulement de mots. Contre le Mal.


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