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Twitter a de la morale !

Justice au singulier - philippe.bilger, 15/06/2014

Sihem Souid proclame "vouloir que la gauche soit la gauche". Christiane Taubira, et la gauche avec elle, s'égare sur le plan judiciaire. Mais elle ne la déshonore pas. Pour Sihem Souid, je me pose la question.

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Notre garde des Sceaux s'entoure mal.

Au cours de ma présence au Salon du livre de Nice, remarquablement organisé, une polémique m'a concerné sur Twitter parce que j'avais tweeté sur le conflit d'intérêts de Jean-François Boutet, conseiller spécial de Christiane Taubira, en soulignant que la Chancellerie n'était pas "un sanctuaire".

Mon tweet faisait référence à l'article très documenté d'Aziz Zemmouri (lepoint.fr) qui lui-même poursuivait une controverse ancienne sur le même sujet. J'avais d'ailleurs évoqué cette difficulté dans mon dernier livre qui - sans référence aucune au Mondial - infligeait un "carton rouge" à la ministre de la Justice.

En réplique ultime à mon tweet, Sihem Souid me déniait le droit de critiquer Christiane Taubira parce que j'étais "réac" et "fils de collabo (condamné)". Il était évidemment hors de question d'aborder le fond de cette appréciation - j'aurais eu beaucoup à dire - mais de cibler seulement sa bêtise insultante.

Ce que j'ai fait, tout en revendiquant en effet d'être réactionnaire dans le sens particulier que je lui ai toujours assigné. Non pas le culte de l'acquis par le conservateur mais la volonté active de combattre le fil du temps quand il est médiocre et pas forcément progressiste. Il y a en effet des comportements, des cohérences, des ordres et des autorités dont j'ai la nostalgie et que les politiques, avec intelligence et courage, devraient restaurer.

A la suite de cette riposte outrageante, je n'ai eu plus qu'à lire la multitude des tweets qui, à mon soutien, ont littéralement pulvérisé cette personnalité un temps indigne. De toutes parts et de tous horizons, l'exigence d'une morale élémentaire, basique s'est exprimée à cette occasion et j'ai constaté avec une satisfaction presque surprise qu'au-delà des désaccords, une aspiration à la décence représentait tout de même sur Twitter une demande forte, non négociable. Tous ces signes de solidarité m'ont touché et ce n'est pas minimiser la plupart que de mettre en exergue ceux de deux personnalités antagonistes réunies dans une même dénonciation : Ivan Rioufol et Me Eolas (nouvelobs.fr).

En effet, ce n'était pas rien, dans le registre de l'ignominie, que cette saillie. Si j'exclus les stupidités haineuses, ponctuelles et anonymes, quatre personnes seulement s'étaient aventurées sur ce terrain nauséabond puisque les moralistes prétendus adorent ce terme quand il s'applique à tous ceux qui ne pensent pas et ne sentent pas comme eux : Me Szpiner, Sihem Souid et, avant celle-ci, inspirés, il est vrai, par le premier, BHL et Jean-François Copé. Ce dernier, avec subtilité mais clairement, avait glissé de ce côté mais je n'oublie pas nos échanges courtois et pour moi stimulants sur Causeur.

Cette empoignade par tweets interposés n'aurait pas mérité une telle effervescence ni suscité de ma part une telle reconnaissance si l'actualité n'avait pas bien fait son travail et rendu encore plus ridicule l'explosion de cette déplorable avocate de Christiane Taubira.

En effet, Jean-François Boutet a démissionné de sa fonction pour redevenir seulement avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation. On ne peut que le féliciter d'avoir enfin tenu compte d'un avertissement qui lui avait déjà été adressé sur le plan déontologique en mettant fin à l'usage de certains moyens publics à des fins privées que sa proximité avec le garde a trop longtemps justifié.

Je sais, aussi, comme il est facile de s'emparer d'un propos à la fois inepte et ignoble pour dérouler rétrospectivement le fil de l'histoire d'un personnage qui n'a pas cessé de donner des leçons d'éthique et d'adopter des attitudes de justicière de pacotille imprégnées d'une douteuse lumière aujourd'hui.

Membre du parti socialiste, elle est responsable de la communication au sein de "la Gauche forte".

Elle a vilipendé une "omerta dans la police" à cause, selon elle, de manquements à l'éthique et à la déontologie professionnelles et a été condamnée pour diffamation à l'encontre d'un ancien collègue.

Je l'ignorais mais elle est aussi chargée de mission au service de l'accès au droit et de l'aide aux victimes auprès de Christiane Taubira qui, paraît-il, a une grande complicité avec elle.

Elle est chroniqueur au magazine Le Point qui, il faut croire, est peu regardant sur la qualité de ses collaborateurs même occasionnels.

Elle a eu l'aplomb de vilipender Manuel Valls et sa "cohorte d'islamophobes" au sujet du scandale lié à la crèche Baby Loup que le ministre de l'Intérieur, alors, avait abordé avec lucidité.

Elle a défendu Aquilino Morelle comme si les conflits d'intérêts, où qu'ils soient, n'avaient que des secrets pour elle.

Elle n'a pas hésité à militer pour la création d'un comité national de la sécurité en remplacement de la CNDS supprimée en 2011.

Au nom de l'éthique, elle émet une vive protestation contre la probable nomination de Jacques Toubon comme Défenseur des droits.

Bref elle est partout et ses batailles au nom de la morale globalement entendue et sur tous les registres feraient sourire si ce n'était pas la même qui dans un tweet révélait sa nature profonde et démontrait ainsi le peu de crédit à attacher à l'ensemble de ses prestations partisanes, orientées et de bonne conscience. Personne dorénavant ne sera plus dupe et, je l'espère, elle aura le culot moins ostensible.

Certains tweets, parce que leur rédacteur connaissait ses liens avec Christiane Taubira, mettaient en cause celle-ci comme si elle aurait pu ne pas être indignée par cette grossière indélicatesse, elle qui a subi un racisme abject. Je suis sûr du contraire. A l'évidence la garde des Sceaux, si elle n'avait pas autre chose à lire et à faire, aurait été de mon côté.

Mais elle s'entoure mal.

Sihem Souid proclame "vouloir que la gauche soit la gauche".

Christiane Taubira, et la gauche avec elle, s'égare sur le plan judiciaire. Mais elle ne la déshonore pas.

Pour Sihem Souid, je me pose la question.


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