Actions sur le document

Monsieur le président, il faut choisir : la France ou la gauche ?

Justice au Singulier - philippe.bilger, 16/12/2014

François Hollande serait bien inspiré de se rappeler qu'il est en charge de la France. Et que celle-ci ne se confond pas avec la gauche.

Lire l'article...

Le président de la République a inauguré la Cité de l'immigration alors que son prédécesseur avait refusé de le faire en 2007.

Soit.

Mais, paraît-il, il y aurait, sur l'immigration qui fait débat dans notre société et sans que celle-ci doive avoir honte de s'y impliquer, "la contre-offensive de Hollande" (Le Monde).

Sans forcer le trait, on a eu plutôt sa reddition.

Emmanuelle Cosse avait déjà ouvert ce chemin : "l'immigration est une chance pour la France et pour l'Europe" (Le Figaro). Ce qui était déjà discutable du temps de Bernard Stasi est devenu aujourd'hui, avec sa globalité aveugle, une provocation.

Le président de la République, parce qu'en grande pompe orale et assez content de lui - il inaugurait la Cité de l'immigration ! -, a tout simplement oublié l'immigration de la cité, de nos villes, de la France.

Je persiste : cette démarche a été une reddition masquée sous de nobles oripeaux et des générosités abstraites. On a compris qu'elle avait pour visée principale, voire exclusive, de manifester à la gauche angélique et dogmatique à la fois à quel point ce président qu'elle avait soutenu en 2012 n'avait rien perdu de son humanisme irénique et autarcique. De lui démontrer comme le réel continuait à n'avoir aucune place dans son discours. Comme il méritait son approbation.

Puisque la gauche la pire était de retour grâce à son verbe.

Pourtant rien n'était inéluctable. En inaugurant la Cité de l'immigration, le président pouvait ne pas complaire à cette gauche et ne pas être obsédé par le FN mais, tout simplement, avoir la France dans la tête.

Pour notre pays, l'immigration est tout ce qu'on veut sauf un motif à variations intelligentes, délicieuses de bonté et pétries d'injonctions de velours.

Qui peut sérieusement être convaincu de changer son inquiétude d'épaule quand il entend vanter "une France ouverte et généreuse... contre une France en repli, une France en petit, une France qui ne serait plus la France" ?

Qui va s'enthousiasmer parce que le droit de vote des étrangers est à nouveau évoqué mais que, suprême hypocrisie, les "forces républicaines" sont appelées "à prendre leurs responsabilités" en pleine conscience de leur abstention ? On enflamme, seulement pour le principe.

Qui sera rassuré par ce voeu pieux que "la France ne conçoit son destin que par l'ouverture" et par ce mépris subtilement condescendant pour les "sentiments de peur, de dislocation, de disparition, de dépossession..." ?

Le président de la République s'est fait plaisir. Il s'est écouté parler et son for intérieur n'a pas dû être avare de "comme je suis bien, bon et moral".

Mais en occultant que le "vivre ensemble" n'est pas seulement menacé mais moribond.

Quand il esquisse une analyse juste - "Trop de nos concitoyens se considèrent encore comme des étrangers, trop de nos compatriotes ont le sentiment de ne plus être chez eux..." - du constat de ce premier refus et de cette seconde angoisse, on sent bien qu'il s'acharne à ne tirer aucune conclusion opératoire parce que le faire, ce serait trahir une certaine gauche et, se préoccupant de la France, risquer d'emprunter si peu que ce soit au FN.

A force d'être ligoté par des antagonismes et des prudences contradictoires, François Hollande finit par ne plus bouger de lui-même. Et cela ressemble à du surplace digne mais vain.

Je n'ai jamais abusé des accords avec Nicolas Sarkozy. Je n'en suis que plus à l'aise pour l'approuver quand il déclare que "l'immigration ne doit pas être un sujet tabou mais un sujet majeur car cela menace notre façon de vivre".

François Hollande serait bien inspiré de se rappeler qu'il est en charge de la France.

Et que celle-ci ne se confond pas avec la gauche.


Retrouvez l'article original ici...

Vous pouvez aussi voir...