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Zyed et Bouna, un procès d’ombres

Chroniques judiciaires - Pascale Robert-Diard, 16/03/2015

On ne sait pas encore ce que ce procès sera, mais on sait déjà ce qu’il ne sera pas. « Ce n'est pas le procès de la police dans son ensemble, ni celui des émeutes de 2005, ni celui des … Continuer la lecture

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On ne sait pas encore ce que ce procès sera, mais on sait déjà ce qu’il ne sera pas. « Ce n'est pas le procès de la police dans son ensemble, ni celui des émeutes de 2005, ni celui des interventions politiques des uns et des autres sur ces événements », a prévenu le président Nicolas Léger en ouvrant lundi 16 mars les débats du tribunal correctionnel de Rennes qui juge les deux policiers renvoyés pour "non-assistance à personne en danger" après la mort des deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur EDF le 27 octobre 2005.

Lire : Mort de Zyed et Bouna : deux policiers devant la justice après dix ans de bataille judiciaire

Dans une intervention millimétrée, le président s'est ensuite adressé à chacune des parties en présence, assises presque au coude-à-coude dans la petite salle du tribunal correctionnel de Rennes. « Le tribunal a conscience de la souffrance particulière que représente cette audience pour les familles, de l'épreuve personnelle qu'elle va imposer à Muhittin Altun [le troisième adolescent qui a été grièvement brûlé dans le transformateur] et de la charge émotionnelle qui pèse sur les deux prévenus dans un contexte très médiatique. »

De cette affaire, il ne reste que des ombres. L’ombre d’une affaire trop grande pour un procès trop attendu mais qui arrive trop tard. Les deux prévenus, Sébastien Gaillemin, alors chef de bord de l'équipage 833 de la brigade anticriminalité (BAC) qui patrouillait le 27 octobre 2005 dans les rues de Clichy-sous-Bois et Stéphanie Klein, une stagiaire juste sortie de l’école qui assurait ce jour-là le standard du commissariat de Livry-Gargan, ont poursuivi leur carrière dans la police. Le premier a rejoint sa région d’origine à Verdun, la seconde a réalisé son rêve en entrant dans une brigade équestre. Tous deux sont très bien notés par leurs supérieurs.

« Le tribunal juge les personnes physiques »

Quand Me Jean-Pierre Mignard, l’avocat des parties civiles, rappelle aux prévenus et aux témoins syndicalistes policiers cités par leur défense, les propos tenus à l’époque par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy qui présentait les victimes comme des délinquants, le président lui rappelle que « M. Sarkozy n’est pas prévenu au procès ». Lorsqu'un sociologue, cité à la barre par Me Mignard, s’égare dans des propos très généraux sur les relations conflictuelles entre la police et les jeunes des banlieues ou évoque la pression des statistiques qui pesaient à l’époque sur les policiers, le président le coupe: « Le tribunal ne juge pas des statistiques mais des personnes physiques ».

L’ombre, c’est aussi celle de l’adolescent qu’était Muhittin Altun, devenu un jeune homme tout cassé de 27 ans qui ne se remet pas d’avoir survécu après avoir vu les corps de ses deux amis percutés par l’arc électrique et qui cache sa détresse sous un flot de paroles décousues. Et c’est enfin celle de deux gamins morts à 15 et 17 ans que leurs familles évoquent avec des mots assourdis. Au président qui lui demande de parler de son fils,  le père de Zyed, un petit homme au visage doux, qui triture son bonnet de laine bleu, ne peut que répondre: « Ce soir-là, je suis rentré du travail, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de monde dans les rues à Clichy, ma femme m’a dit : ’Zyed est mort’. Il écarte les mains — « Et voilà. Que dire de plus? » — et quitte la barre pour cacher ses larmes.

Lire aussi l'enquête : Le dernier jour de Bouna Traoré et Zyed Benna

Poursuite des débats mardi 17 mars.


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