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Les US malades des armes

Actualités du droit - Gilles Devers, 24/07/2012

315 millions d’habitants US et 300 millions d’armes à feu. Autant que...

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315 millions d’habitants US et 300 millions d’armes à feu. Autant que d’habitants, c’est complètement dingue et c’est le terreau de la tuerie de jeudi au cinéma Aurora de Denver (Colorado), lors de la première du nouveau Batman. 12 morts, 58 blessés, comme çà.

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L’assassin, 24 ans, est un étudiant en médecine de San Diego, en Californie. Il avait acheté ses armes, des fusils d’assaut, dans le commerce et les 6 000 balles sur Internet. Vive la liberté…

Obama est venu pleurnicher sur le sort des victimes : « Je suis venu ici ce soir en tant qu’Américain qui, comme tous les Américains, s’agenouille pour prier avec vous aujourd'hui, et sera à vos côtés demain ». (Il m’énerve !... Je lui ai dit cent fois de ne pas dire « Amérique », mais « Etats Unis d’Amérique », et pas « Américain » mais « États-Uniens », mais il ne m’écoute pas…)

Mitt Romney, lui, a adopté le slogan du lobby des armes à feu, la NRA (National Rifle Association) : ce ne sont pas les armes qui sont dangereuses, mais les personnes. Ecoutons le grand philosophe : « Des lois plus sévères pour restreindre l’accès aux armes n'auraient pas empêché la tuerie d’Aurora. Notre défi n'est pas la loi. Notre défi ce sont les gens qui font des choses impensables, inimaginables, inexplicables ».

Le problème est que ces discours à la neuneu, ça commence à bien faire et ça va vraiment finir par faire des dégâts.

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Michael Bloomberg, le maire de New York, qui a réalisé l’exploit d’être élu sans être membre des Démocrates ou des Républicains, est un des rares leaders politiques à militer contre ce port d’armes. Au Washington Post, il a déclaré : « Les mots apaisants sont gentils. Mais il est peut-être temps que les deux personnes qui veulent être président des États-Unis se lèvent et nous disent ce qu'ils vont faire à ce sujet, parce que c'est évidemment un problème à travers le pays. »

Le New York Daily News s’est pris à rêver : « La déclaration d’Obama était une esquive. Avec tout le respect dû, la position présidentielle aurait dû être de se prononcer pour un contrôle renforcé des armes à feu, si ce n'est pour l'interdiction des armes d'assaut ».

Alors pour quoi ça coince ?

L’argument le plus facile pour éviter le débat est juridique.

 

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C’est la Constitution américaine, à savoir le Deuxième amendement : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » Donc, toute personne peut avoir une arme et en faire usage personnel pour faire respecter l’ordre. Le caractère constitutionnel de ce droit a été confirmé sans réserve par la Cour suprême en 2008 (District of Columbia c. Heller, 26 juin 2008). Certes, mais le respect d’un principe n’a jamais interdit de poser des limites par la loi, ce qui réclame Bloomberg.

En réalité, l’argument déterminant est politique.

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Il s’agit du lobby de la National Rifle Association, qui est de partout, finance les deux grands partis et a un poids politique considérable. Parlez-en à Al Gore… Pas fou, Obama avait déclaré en 2008 : « Je ne vous enlèverai pas vos armes à feu. » Parole tenue, et même davantage.

Obama a fait voter des lois étendant le port d'armes dans les Parcs nationaux ou dans les trains Amtrak, la plus grande compagnie US.

Eric Holder, son Procureur général à la Justice, avait proposé d’interdire la détention d'armes lourdes, mais même sur ce point, il n’a eu aucun soutien d’Obama, et il a du remballer.

Bill Clinton avait fait voter en 1994 une loi qui interdisait l’achat de fusil d’assaut du type de ceux utilisé par James Holmes. Mais la loi est arrivée à échéance en 2004, sous Bush. Obama n’a pas réactualisée cette législation, alors que s’il avait repris le texte de Bill Clinton, James Holmes n’aurait pu acheter son arme.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Pat Carney, a tenté de nous expliquer cette courageuse politique : « Le président croit que nous devons prendre des mesures de bon sens qui protègent les droits des Américains aux termes du Deuxième amendement, tout en faisant en sorte que ceux qui ne devraient pas posséder d’armes selon les lois en vigueur n’en obtiennent pas. »

Comme embrouillamini, c’est un must. Mais question à Pat Carney : En refusant de faire voter une loi, Obama compte sur le Saint-Esprit ?


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