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Fragments judiciaires : honneur, déshonneur...

Justice au Singulier - philippe.bilger, 18/06/2019

Cette récente péripétie doublement préoccupante - au domicile de la magistrate et du fait de deux individus s'en prenant à elle à cause de sa fonction - ne marquera pas, je l'espère, une déplorable évolution dans l'histoire des relations entre les juges et leurs indignes contempteurs. Ou bien cette nouvelle agression sera-t-elle une sombre étape de plus dans l'affaiblissement de l'institution judiciaire et la dégradation d'une démocratie qui trop souvent croit se renier en défendant ceux qui la servent ?

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Je vais commencer par le pire.

Après la reconstitution opérée dans l'affaire Daval, la machine médiatique s'emballe à nouveau et Le Parisien nous offre en couverture : "L'AVEU".

Puis "Ramené sur les lieux du crime, Jonathann Daval a fini par raconter en détail comment il a, en octobre 2017, tué puis brûlé son épouse, Alexia" et enfin deux pages avec un imprudent gros titre : "LA VERITE, ENFIN".

Ce n'est pas tout. L'un des avocats du mis en examen profite de l'occasion pour se répandre et nous apprendre que son client a été "très courageux" d'avoir avoué alors qu'il avait soutenu mordicus une version sensiblement différente... (Morandini). Un deuxième avocat, une femme, n'est pas en reste...

Tout cela est d'une totale indécence. Au lieu d'attendre que la cour d'assises soit saisie et rende son arrêt, on parle et on écrit en prétendant à chaque fois figer avant l'heure une procédure, les déclarations des uns et des autres, d'abord celles du présumé innocent, on fait le procès avant le procès, les conseils dilapident ce qu'ils auront à plaider et on ne cesse de dégrader une tragédie criminelle en curiosité spectaculaire.

Je n'ai jamais crédité les médias d'une lucidité remarquable dans la hiérarchisation des sujets de justice et de société mais heureusement, si nous avons le triste exemple de l'affaire Daval, d'autres informations, quoique de nature différente, elles, sont fondamentales et nécessaires aux citoyens pour qu'ils soient éclairés sur le fonctionnement de l'institution et par exemple les agressions dont des magistrats ont été victimes.

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La vulgarité que je vais dénoncer révèle beaucoup sur l'incroyable licence que s'autorise un Patrick Balkany (PB) et le calme de l'excellent ministère public qui avait requis contre lui par la bouche de deux représentants du PNF. Passant devant eux, PB a proféré ostensiblement, pour être entendu au-delà d'eux, "Vous êtes aussi haineux que médiocres". J'espère n'avoir jamais été "une grande gueule" où que ce soit et encore moins en matière judiciaire, détestant cette posture qui fait plus de bruit qu'elle n'a de sens. Mais il est clair que j'aurais réagi face à un propos aussi insultant. A ma manière. Il y a des personnages auxquels il ne faut jamais assurer l'impunité.

Dans l'affaire du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, soupçonné de 24 empoisonnements de patients dont 9 mortels, je n'ai pas été le seul à m'étonner - en citoyen qui, il est vrai, ne connaissait pas le dossier - de la mansuétude apparente de son placement sous contrôle judiciaire et, bien davantage encore, de la confirmation de celui-ci en appel.

On a appris par des écoutes téléphoniques qu'une connivence avait pu troubler l'administration impartiale de la Justice à la suite d'une rencontre entre le président de la Chambre de l'instruction (doutant de la culpabilité de Péchier) et de l'avocat du docteur, l'un du trio d'ailleurs au soutien de Jonathan Daval ! Soupçon suffisamment sérieux pour que le procureur général près la cour d'appel de Besançon accède à la demande des victimes en formant un pourvoi en cassation (Le Parisien).

Tout ce qui projette une lumière sur l'officieux de la Justice - et favorise donc l'intègre transparence - est bienfaisant.

Plus grave. Une présidente de cour d'assises a été violemment agressée à son domicile par deux individus qui ont utilisé une arme s'apparentant à un Flash-Ball. Ils ont pris la fuite et n'ont pas encore été interpellés (Le Monde).

Deux magistrats ont été assassinés en France à la fin des années 70 : le juge Renaud et le juge Michel. On a l'impression, malgré l'odieux de ces crimes, de ne nous être jamais retrouvés dans la situation italienne, avec de nombreux meurtres de magistrats dont l'admirable juge Falcone, en 1992. Les incidents, la grossièreté, les outrages, l'irrespect certes se multiplient au cours des audiences et ces dérives tiennent autant à l'évolution lamentable de notre société qu'au manque de résistance et d'autorité de certains magistrats qui préfèrent s'accommoder de ce qu'ils estiment fatal plutôt que le combattre.

Cette récente péripétie doublement préoccupante - au domicile de la magistrate et du fait de deux individus s'en prenant à elle à cause de sa fonction - ne marquera pas, je l'espère, une déplorable évolution dans l'histoire des relations entre les juges et leurs indignes contempteurs.

Ou bien cette nouvelle agression sera-t-elle une sombre étape de plus dans l'affaiblissement de l'institution judiciaire et la dégradation d'une démocratie qui trop souvent croit se renier en défendant ceux qui la servent ?


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