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La droite est-elle masochiste ?

Justice au singulier - philippe.bilger, 19/08/2012

Recherche désespérément une nouvelle droite. Elle est facile à trouver. Celle de 2007 est encore toute fraîche, emmaillotée dans ses promesses. Elle est pure, elle n'a pas servi.

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Je m'obstine à croire qu'on n'est pas condamné à vie à rejoindre le territoire d'une gauche acceptable par détestation d'une droite qui a failli.
Je continue à penser et à soutenir qu'il est absurde de prétendre nous imposer une seule droite encore tout émue du souvenir de Nicolas Sarkozy alors qu'il en existerait au moins une autre lucide sur hier, consciente des causes de l'échec et désireuse de renouer avec le rêve de 2007.
Non pas pour faire "bien" et convaincre le peuple seulement le temps d'une élection mais pour incarner, dans notre démocratie, la synthèse entre efficacité économique, solidarité sociale et morale publique. Tout ce que certains naïfs comme moi avaient cru possible mais qui s'était évanoui, aussitôt la présidence conquise.
Pourtant, quelle déception de constater que l'UMP n'a rien appris et a tout oublié. Comme si rien ne s'était passé entre 2007 et 2012 et qu'il convenait, coûte que coûte, de reprendre les mêmes pour affronter un avenir à l'évidence de plus en plus sombre.
Pour la présidence de l'UMP, alors que François Fillon semblait avoir pris le dessus et qu'on pouvait espérer de sa part, une fois vainqueur, une désaffection à l'égard du sarkozysme et de ses leçons obligées, rien maintenant ne laisse prévoir à coup sûr une telle issue. Jean-François Copé, secrétaire général, tient l'UMP et va dans quelques jours annoncer officiellement sa candidature.
L'écart entre lui et François Fillon est en train de fondre et cela présagerait, si les choses restaient en l'état, au pire en 2017 un représentant de la droite classique qui jouerait à "Sarko" mais sans abuser personne. On aurait la couleur du dernier quinquennat sans les promesses fabuleuses de 2007 et avec la surexcitation en moins. Rien d'exaltant donc.
Sur la ligne de départ à côté des deux favoris : Nathalie Kosciusco-Morizet, Dominique Dord, Xavier Bertrand qui hésite encore et Bruno Le Maire qui a enfin déclaré sa candidature. Ce dernier constitue, au sein de cette droite confite en sarkozysme, une exception grâce à la qualité de son intelligence, à la force de ses convictions et à l'originalité de sa vision. Mais je crains que peu ou prou, par timidité ou par opportunisme, on se retrouve confronté au mois de novembre seulement à d'apparentes joutes pour aboutir à la continuation d'une droite pas du tout enthousiasmante (Journal du Dimanche, Le Parisien, Le Figaro).
J'ai l'impression que celle-ci, seulement tendue vers l'expression d'une opposition "implacable" (comme si c'était en soi une vertu), n'a pas encore pris la mesure de son grave échec de 2012.
Aussi, avec quel effarement doit-on relever que "l'UMP réclame Nicolas Sarkozy" et qu'une NKM, tout en déplorant "un très grand vide à droite", déclare que Sarkozy est "la référence à droite" alors qu'il a vidé celle-ci de sa substance en l'engageant sur des chemins douteux lors de la dernière campagne présidentielle et que surtout il l'a fait perdre. Que faudra-t-il pour que la droite nostalgique de Sarkozy se réveille et cherche ailleurs des raisons d'espérer ? Dans un monde politique cohérent, la défaite nette d'une omnipotence présidentielle comme celle de Sarkozy durant cinq ans n'aurait dû entraîner qu'un rejet logique, l'invention d'une stratégie renouvelée et la quête d'un leader ni usé ni ingérable. Par quelle fatalité l'UMP - ou est-elle si pauvre en chefs de rechange ? - serait-elle contrainte de faire du neuf avec de l'ancien ayant de surcroît tourné au fiasco ? Serait-elle - je n'ose l'hypothèse - le parti le plus sot et aveugle dans notre République ? Etre défait à l'élection présidentielle serait-il le signe éclatant et paradoxal du caractère irremplaçable d'une personnalité politique ?
L'UMP est clairement masochiste.
Cette inaptitude à dégager à droite d'autres chemins et à regagner les nombreux déçus du sarkozysme est d'autant plus dommageable aujourd'hui que François Hollande, pour ceux qui l'ont fait élire sans être socialistes, révèle moins des limites qu'il ne suscite des doutes.
Certes, il a parfaitement réussi à s'inscrire dans la normalité ; avec le double écueil cependant que traduite en système, cette exigence risque de devenir artificielle et que sur le long terme elle s'avère impraticable (Le Monde).
Sur le fond, il me semble que nous avons un gouvernement qui décide, qui agit et qui, à l'évidence, est au fait de la gravité des enjeux européens et mondiaux et aussi très attentif aux crises françaises. Cependant nous éprouvons l'impression fausse - mais elle pèse lourd - que rien ne s'accomplit, que de commissions en commissions, on délibère sur ce qui avait été pourtant tranché et qu'on réfléchit pour éviter d'avoir à se jeter dans la réalité. Encore une fois, un certain nombre d'interrogations, au-delà de sa personne, s'attachent à notre président et on aimerait, sans qu'il tombe dans l'agitation d'avant, qu'il ne néglige pas ce qui relève de l'image : la normalité en politique est précieuse si elle se distingue, dans des périodes dures comme les nôtres, du calme apparemment plat. Rien ne serait pire que de laisser penser qu'à l'inquiétude collective ne répond qu'une volonté verbale et abstraite d'apaisement. Mieux vaut s'égarer dans la mêlée que de feindre d'être au-dessus.
L'ironie, qui serait selon Laurent Binet la qualité principale de François Hollande, n'est évidemment d'aucun secours pour le président de la République qu'il est. J'avoue sans honte - moi qui ne cesse partout où je suis de défendre l'homme, son intelligence et sa méthode, de vanter les heureuses inspirations démocratiques du début de son quinquennat - avoir été troublé par les extraits du livre, précisément de Laurent Binet, sur une année de la campagne présidentielle de François Hollande.
L'omniprésence de Valérie Trierweiler n'a pas été une surprise mais tout de même je n'imaginais pas qu'elle pût ainsi donner son mot en politique en permanence face au candidat qui était aussi son compagnon.
Ce qui en revanche m'a dérangé, comme si je découvrais un François Hollande différent non seulement du président mais aussi du candidat tel que décrit par la plupart des médias, a été de devoir m'arranger avec un personnage plus que caustique, dur, sectaire, avec des touches qui, sans être vulgaires, manquaient d'élégance. Ce n'était pas le François Hollande mou ni doux, seulement armé de son esprit et de son talent pour la moquerie. C'était un homme qui à l'évidence a dû faire par la suite d'énormes efforts pour chasser le militant corrosif et presque injuste au bénéfice du candidat officiel serein et du président pondéré et équanime.
Plus que jamais, en face de ce président, la droite ne peut pas se contenter de répéter qu'elle est la droite et que Nicolas Sarkozy est son héros et qu'elle attend son retour.
Recherche désespérément une nouvelle droite. Elle est facile à trouver. Celle de 2007 est encore toute fraîche, emmaillotée dans ses promesses. Elle est pure, elle n'a pas servi.


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