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Le 11 novembre, façon culture du Monde...

Justice au Singulier - philippe.bilger, 11/11/2015

Mais pourquoi ce ton insupportable, cette manière de cracher avec délicatesse et une subtilité prétendue supérieure sur tout ce qui a fait de la France ce qu'elle est ? Faudra-t-il un jour, pour plaire au Monde, envisager "le suicide français" non seulement à cause de notre présent calamiteux mais en raison de notre passé contrasté dont les pages de gloire et d'honneur devraient susciter forcément la dérision des "beaux esprits" ?

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Le 11 novembre 1918 est une date qui demeure dans les tréfonds de l'esprit français. Comme un savoir ou une vague allusion à quelque chose de capital.

C'est la fin d'une guerre de quatre ans épouvantablement meurtrière.

C'est l'héroïsme et la boue des tranchées.

C'est l'armistice.

C'est la fin d'un monde.

La nostalgie et l'émotion sont-elles permises ?

"Il a une certaine idée de la France, sa grande patrie, idée forgée par l'école publique, alors totalement patriote. Il est obéissant, il est encore totalement croyant. En 2015, que nous reste-t-il de ces valeurs ? Sommes-nous encore capables, avons-nous encore envie de nous battre pour une cause supérieure ?"

Cet extrait est tiré d'un numéro du Journal de Béziers qui fait sa "une" sur la célébration du centenaire de la guerre de 1914-1918.

Il s'agit, pour Brigitte Salino qui a écrit un article sur le théâtre à Béziers pour Le Monde, "d'un éloge du valeureux Français d'alors".

Je ne crois pas avoir tort en décelant derrière ces simples mots une ironie, presque une condescendance à l'égard de ces vieilles lunes que des retardataires et des passéistes cultivent encore. Il est clair que la citation a été choisie par cette journaliste pour nous démontrer à quel point le Journal de Béziers avait une conception conservatrice de notre Histoire de France et comme ses interrogations inquiètes sur l'avenir étaient réactionnaires.

Pour ma part je ne perçois rigoureusement rien de ridicule ni de choquant dans la représentation qui nous est donnée du combattant d'alors ni dans l'expression de cette angoisse pour le futur.

Cette dernière est d'autant plus justifiée, au regard de l'immense soulagement unanime qu'a suscité l'armistice de 1918, que la France d'aujourd'hui cherche désespérément - dans tous les sens du terme - de quoi s'inventer ou se recréer un destin collectif, un lien fondamental autour duquel la France multiethnique pourrait trouver matière à s'aimer, à se rassembler.

On en est très loin et l'intense fusion républicaine du mois de janvier n'a duré que le temps de son exaltation verbale, politique et médiatique. Ses suites ont remis notre pays dans le fil d'une morosité démocratique éclatée, écartelée.

Quant à l'image de cette France d'il y a si longtemps - avec ses valeurs, ses structures, ses fidélités et ses ancrages, son courage et son amour de la nation, si magnifiquement incarnée par un Péguy tué si vite après le début des hostilités, au bout de cent jours -, en quoi serait-elle régressive, inexacte ou biaisée ? Pourquoi n'aurait-on pas le droit de retrouver de la chaleur et de l'émotion, dans notre existence d'aujourd'hui, en songeant aux épiques, sublimes et traditionnelles séquences de cette Histoire de France si éloignée à tous points de vue ?

Il est vrai que pour Brigitte Salino l'essentiel, selon un mode habituel, pour Le Monde comme pour une majorité d'autres médias, est de pourfendre le maire de Béziers Robert Ménard et pour cela tout peut servir. Pour elle, c'est le théâtre. Demain, ce sera autre chose. Un jour, on reprochera à Robert Ménard d'exister.

Mais pourquoi ce ton insupportable, cette manière de cracher avec délicatesse et une subtilité prétendue supérieure sur tout ce qui a fait de la France ce qu'elle est ?

Faudra-t-il un jour, pour plaire au Monde, envisager "le suicide français" non seulement à cause de notre présent calamiteux mais en raison de notre passé contrasté dont les pages de gloire et d'honneur devraient susciter forcément la dérision des "beaux esprits" ?


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