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Faut-il avoir pitié du président de la République ?

Justice au singulier - philippe.bilger, 20/08/2014

Oui, il faut avoir pitié de François Hollande parce qu’il n’y arrive pas, que les citoyens de gauche et de droite le perçoivent et que cela ajoute à la crise de notre nation. Dans ces conditions, ne pas changer de politique – il en est d’autres concevables en effet – relève, pour ce pouvoir, d’un stupéfiant masochisme.

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La pitié n'est pas un sentiment qui a cours en politique. Il signifie faiblesse, échec, compassion, condescendance, on n'est plus craint, on ne fait plus peur, on a perdu.

J'avoue pourtant que je l'éprouve à l'égard du président de la République pour lequel je n'ai toujours pas honte d'avoir voté.

Pour régler une fois pour toutes cette dispute incessante mais dérisoire, je précise. Comme ceux qui ont fait élire Nicolas Sarkozy en 2007 n'étaient pas prêts à valider l'ensemble de ce qui a suivi, notamment la dévastation de l'état de droit, le fait d'avoir donné ma voix à François Hollande en 2012 ne me rendait pas naïf au point de présumer que tout ce qui émanerait de son pouvoir serait remarquable. J'admets qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de marge !

Bizarrement, cette commisération m'est venue d'abord en regardant une photographie de François Hollande en vacances à La Garde-Freinet, en train de lire, torse nu, dans une chaise longue (Voici). Rien de choquant ni d'anormal, sinon qu'il était difficile de banaliser plus médiocrement l'image du président de la République et que j'ai ressenti un malaise à le voir ainsi fixé et figé.

Mais l'essentiel est ailleurs. Le pessimisme et la contestation n'ont plus de limites.

Que le président et le Premier ministre aient prédit dès le mois de juillet que "la rentrée serait difficile" et qu'ils aient tenté, autour d'une table ronde à Brégançon, de montrer à la fois qu'ils travaillaient - personne de sensé n'en doute - et qu'ils avaient trouvé des solutions - personne de sensé n'y croit - ne rend sans doute pas moins douloureuse l'avalanche morose et aigre de ce mois d'août en cours.

Cécile Duflot : « François Hollande ? J’y ai cru, je me suis trompée » (nouvelobservateur.fr).

Pascal Canfin : « Quand Valls dit que les partisans d’une autre politique à gauche sont irresponsables, c’est le degré zéro de l’argumentaire » (Libération).

Pierre-Alain Muet, député PS : « Je ne comprends pas l’autisme du gouvernement ! C’est ne rien comprendre de la crise que traversent l’Europe et la France » (Le Figaro).

« La faillite c’est maintenant » en couverture de L’Express.

Franz-Olivier Giesbert, qui n’est pas dénué d’intuition politique, dans un entretien stimulant dans Voici, notamment au sujet de François Hollande : « Je me pose cette question, comment quelqu’un d’aussi intelligent a-t-il pu autant foirer le début de son quinquennat ? »

Plus grave : « Les firmes françaises détiennent la palme mondiale de la rémunération des actionnaires au deuxième trimestre. Un trophée embarrassant en période de crise » (Libération).

Les frondeurs sont-ils des « irresponsables », comme les a qualifiés le Premier ministre, parce qu’ils n’ont pas été mécontents de la récente censure par le Conseil constitutionnel de l’article qui avait permis de les amadouer sur le plan parlementaire, qu’il voudraient réduire les baisses de prélèvements pour les entreprises de 41,5 milliards d’euros à 22,5 milliards et qu’ils sont plutôt favorables à une politique de la demande qu’à celle de l’offre ?

Je ne suis pas sûr que ce qui apparaît aujourd’hui à leurs yeux comme un marché de dupes soit de nature à les freiner, bien au contraire. Le pouvoir concède mais le patronat ne jouerait pas le jeu. Ce n’est pas pour rien que certains envisageraient de s’autonomiser en choisissant un provocant « Vive la gauche ».

Pour tous ceux que la chose publique passionne, les frondeurs, au sein du parti socialiste, avec de possibles alliances et complicités idéologiques et économiques entre eux et les communistes, le Front de gauche et une part des écologistes, constituent actuellement le principal danger pour le président de la République. Que celui-ci soit détesté par la droite est de bonne guerre et en quelque sorte de tradition partisane mais qu’il ne parvienne plus à inspirer son camp, et à imprimer dans la tête de la plupart des socialistes, est infiniment préoccupant pour lui.

Les frondeurs sont d’autant plus au cœur du débat que l’opposition, si elle est persuadée qu’elle aurait fait mieux, sait aussi dans le secret de ses délibérations que peu ou prou elle aurait engagé les mêmes mesures pour réduire les déficits, favoriser la croissance et faire baisser le chômage. Mais avec plus de force, de vigueur et de compétence.

Pour le reste, entre le libéralisme assumé par François Fillon, le social libéralisme de certains autres, le centrisme humaniste revendiqué par Raffarin et Bussereau, où se situe véritablement la ligne économique de l’UMP ?

Aujourd’hui le chômage augmente, la croissance est nulle et les déficits explosent : aucune des promesses n’a été tenue, aucun engagement respecté. Cela ne suffira pas, pour calmer non seulement les socialistes, le peuple de gauche mais tous les Français, de répéter qu’il faut du temps – plus de deux ans après l’élection de François Hollande ! - et que l’Europe est coupable, la France victime alors que celle-ci n’a pas su accomplir ce que d’autres pays ont mené à bien, en tout cas sans commune mesure avec notre déconfiture.

Oui, il faut avoir pitié de François Hollande parce qu’il n’y arrive pas, que les citoyens de gauche et de droite le perçoivent et que cela ajoute à la crise de notre nation.

Dans ces conditions, ne pas changer de politique – il en est d’autres concevables en effet – relève, pour ce pouvoir, d’un stupéfiant masochisme.


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