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Il y a même de bons ministres !

Justice au singulier - philippe.bilger, 6/03/2012

J'avoue alors que François Hollande évidemment favorable au mariage homosexuel (que n'aurait-il pas suscité à gauche s'il s'était même déclaré en état d'hésitation ?) m'a fait plaisir en soulignant que Frédéric Mitterrand "avait besoin de repos" et que "demain il pouvait être libre", à quoi celui-ci a rétorqué "qu'il était encore là" et qu'il ne fallait pas être "trop impatient". Gracieusetés ! Finissons sur le bon ministre Bruno Le Maire !

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Ce n'est pas parce qu'en gros le sarkozysme est défaillant qu'on n'a pas le droit de le goûter et de l'apprécier au détail. Des ministres peuvent échapper à l'entreprise générale de désaffection. Ou en être victimes.

Je n'ai jamais caché ma dilection pour Bruno Le Maire. Sur le plan politique, je ne l'ai jamais entendu proférer une bêtise ni, à ma connaissance, mentir. Certes il s'abandonne au plaisir de l'esprit caustique en traitant François Hollande "d'homme montgolfière" mais il n'est pas dupe et sait que son candidat n'est pas, lui, un homme d'élévation. Il n'éprouve pas le besoin de dégrader son langage avec des grossièretés et ne se sent pas obligé de cracher sur Dominique de Villepin au prétexte qu'hier, ils étaient amis et que le second s'est engagé sur une autre voie que la sienne. Il a su préserver sa vie familiale des atteintes extérieures. C'est un homme qu'il faut donc écouter quand il parle. Même s'il s'amuse.

Evoquant la fonction de ministre, Le Maire déclare "qu'il faut rester trois ans ministre. La première année, tu te plantes. La deuxième, tu travailles. La troisième, tu récoltes les fruits" (Le Figaro).

Si on veut avoir mauvais esprit et pour peu qu'on s'intéresse à l'anecdote politique, le regard lucide du citoyen observe qu'il s'agit là d'un parcours idéal qui cantonne les erreurs et les fautes dans son début et, pour l'essentiel, présume le succès final. Mais pour le ministre qui s'égare durant la première année, périclite au cours de la deuxième et échoue lors de la troisième, que fait-on ? L'expérience démontre qu'il n'est pas forcément renvoyé, tout au plus, si j'ose dire, remanié. Il est même parfois promu, son incompétence étant moins dangereuse ailleurs qu'au gouvernement.

Au contraire, comment déterminer si un serviteur de l'Etat est bon, voire excellent ? Il y a des signes qui tout de même ne trompent pas. On devine, notamment dans les prestations audiovisuelles, ceux qui connaissent leurs dossiers, savent en parler et ne remplacent pas par de la rudesse, de l'arrogance ou une ironie déplacée les questions qui les gênent et les réponses dont ils sont incapables.

Contrepoint éclatant à ce ministre remarquable qu'est Bruno Le Maire : Frédéric Mitterrand.

Il n'est jamais bon de s'aventurer sur le terrain de l'homosexualité. L'enthousiasme qu'il convient de manifester à son égard la constitue comme notre nouvel ordre moral. J'ai éprouvé, par l'hostilité étonnante d'amis très chers, à quel point il était inconcevable de défendre la liberté d'expression de Christian Vanneste et de soutenir qu'au-delà des polémiques, il était, quoique polémiste et batailleur constant, bien supérieur sur le plan intellectuel à ceux qui jouent aux juges avec lui.

A t-on tout de même le droit de s'étonner que la seule réaction d'hostilité du ministre de la Culture à l'égard du président de la République et de son projet annoncé concerne le mariage homosexuel au sujet duquel il serait "absurde" de reculer ? Frédéric Mitterrand n'aurait-il pas eu d'autres opportunités, ces derniers temps, pour manifester ses réserves ? Il ne s'est mobilisé que par une sorte de corporatisme intime. 

Et de quelle manière ! "On a reculé au dernier moment. Tout ça pour 0,1% d'électeurs ultra-catholiques (libération.fr)". Quel léger mépris, quelle condescendance ! En dehors de la résistance évidemment rétrograde de cette infime minorité, aurait-il été choquant de suggérer que le mariage homosexuel pouvait, pour l'architecture d'une société et la structure familiale, soulever certaines difficultés ? Ou bien le diktat est-il d'applaudir forcément ? Rien de ce qui est homosexuel ne doit nous demeurer étranger ? Cet impérialisme d'une minorité politiquement et médiatiquement influente finit par incommoder. Mon prochain homosexuel et hétérosexuel, c'est moi qui le compose et moi qui décide de l'aimer ou non !

J'avoue alors que François Hollande évidemment favorable au mariage homosexuel (que n'aurait-il pas suscité à gauche s'il s'était même déclaré en état d'hésitation ?) m'a fait plaisir en soulignant que Frédéric Mitterrand "avait besoin de repos" et que "demain il pouvait être libre", à quoi celui-ci a rétorqué "qu'il était encore là" et qu'il ne fallait pas être "trop impatient". Gracieusetés !

Finissons sur le bon ministre Bruno Le Maire !

 


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