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Fusillade de Sartène: 20 ans et 5 ans de prison requis contre les deux accusés

Chroniques judiciaires - Pascale Robert-Diard, 21/05/2014

Après dix jours de procès, on ne sait toujours pas pourquoi le 4 septembre 2010, sur la place du village de Sartène (Corse-du-Sud), deux hommes cagoulés ont tenté d'en assassiner un troisième qui buvait son café. Les deux accusés qui … Continuer la lecture

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Après dix jours de procès, on ne sait toujours pas pourquoi le 4 septembre 2010, sur la place du village de Sartène (Corse-du-Sud), deux hommes cagoulés ont tenté d'en assassiner un troisième qui buvait son café. Les deux accusés qui sont dans le box, Pierre Balenci - la "cible" qui en ripostant a tué l'un de ses deux agresseurs - et François
Ettori, le frère du mort, soupçonné d'être le deuxième tireur, n'ont "sincèrement", "honnêtement", "malheureusement", ni l'un ni l'autre d'explications. "Sincèrement", "honnêtement", "malheureusement", leurs familles respectives  et la dizaine de témoins qui se sont succédé à la barre n'en ont pas non plus.

Mercredi 21 mai, les avocats généraux Julie Colin et Nicolas Hennebelle ont requis 20 ans de réclusion criminelle contre François Ettori. Ils ont demandé à la cour d'acquitter Pierre Balenci pour le meurtre de Jacques Ettori en lui reconnaissant le bénéfice de la légitime défense, mais de le condamner à cinq d'emprisonnement pour avoir blessé dans la fusillade un maraicher atteint d'une balle dans l'épaule et pour port d'armes. "Sur cette place, il y a deux victimes et un homme mort. Et il y a une autre victime, la société", a observé Julie Colin. "Ce dossier, a-t-elle poursuivi, est celui d'un affrontement entre la société à laquelle nous appartenons et un système régi par ses propres règles. Un système dans lequel on ne parle pas, on n'explique pas, qui n'obéit qu'à lui-même et à son propre intérêt". 

Pierre Balenci a pris cinq balles dans le corps, dont une, dans l'abdomen, aurait pu être mortelle. S'il est descendu ce matin là boire son café sur la place avec son gamin de 8 ans, une arme chargée dans la poche de son pantalon, c'est, convient-il tout de même, parce que "[sa] tête avait été mise à prix". "Pourquoi dîtes-vous cela?" lui demande le président, David Macoin. "Je dis ça parce que je dis ça. - Comment le savez-vous ? - Des informations qui m'arrivent comme ça. - Qui vous l'a dit? - Je le sais. - Et vous ne voulez pas le dire? - Malheureusement, non. Je ne vais pas prendre ce risque. " 

François Ettori, lui, nie toute participation à la tentative d'assassinat. Inséparable de son frère Jacques - ils ont repris ensemble l'entreprise familiale de bâtiment et travaux publics à la mort de leur père - il dit l'avoir rejoint ce matin là dans sa voiture "comme chaque matin" pour faire la tournée des chantiers. Les deux frères se sont garés.  Sur le reste, il ne sait rien "malheureusement" et surtout pas ce qui a pu conduire son aîné à tenter de vider ses deux armes de poing sur Pierre Balenci. Il se souvient juste que Jacques Ettori lui a dit: "Attends-moi deux minutes". Il ne peut pas expliquer pourquoi il ne l'a pas attendu, ni pourquoi il n' a pas cherché à joindre son frère qui ne revenait pas, et encore moins les raisons pour lesquelles il est passé ensuite chez un ami à une vingtaine de kilomètres de Sartène pour se changer et se laver, après lui avoir annoncé que son frère était mort sur la place, alors que personne à cette heure, ne pouvait connaître l'identité de la victime cagoulée tombée sur la place.

Du défilé de témoins muets, souvent hostiles, se dégageait pourtant une fascinante géographie. Deux cercles, dont chacun compte son lot de victimes d'assassinat ou de tentatives d'assassinat. Trois morts dans l'entourage de Pierre Balenci.  "Il ne fait pas bon vous fréquenter", observe le président. "Apparemment", répond l'accusé. A peu près le même nombre parmi les proches des deux frères Ettori. Et à chaque fois, les mêmes questions sans réponse. Mais le plus impressionnant était sans doute cette sorte de concours du silence qui s'instaurait entre les témoins. Un concours dont on sentait que le jury n'était pas celui de la cour d'assises, mais le public, derrière, qui saluait d'un regard ou d'un hochement de tête la qualité de résistance à la curiosité de la justice.

"On était là pour vous écouter, a lancé l'avocat général Nicolas Hennebelle à François Ettori. On aurait voulu savoir ce qui vous a poussé vous, deux travailleurs, deux bons patrons, à vous lancer dans ce fiasco, à planquer des armes, des munitions, des cagoules dans vos entrepôts, à faire cette fusillade, qui est un acte de folie pour tout Sartène. Au lieu de cela, vous avez préféré garder vos secrets". 

Plaidoiries de la défense et verdict jeudi 22 mai.

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