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Zero pointé aux BAC ? (488)

Droits des enfants - jprosen, 7/10/2012

La mise en cause d’une bonne douzaine de policiers de la BAC-Nord du matin de Marseille avec à ce jour 7 incarcérations provisoires et 5 contrôles judiciaires peut produire des ravages aujourd’hui difficiles à mesurer dans les « quartiers » mais en … Continuer la lecture

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La mise en cause d’une bonne douzaine de policiers de la BAC-Nord du matin de Marseille avec à ce jour 7 incarcérations provisoires et 5 contrôles judiciaires peut produire des ravages aujourd’hui difficiles à mesurer dans les « quartiers » mais en général sur l’ensemble de l’opinion publique, spécialement sur les plus jeunes dans leur rapport à a police et plus généralement à l’Etat.

Bien évidemment il ne faut pas généraliser à l’ensemble des forces de police et des même des BAC ce qui a pu être mis en évidence à Marseille avec les détournements d’argent et de drogue à l’occasion des interventions sur le terrain. D’évidence même à la BAC-matin des Quartiers Nord, où d’autres agents que les 12 mis en examen seraient concernés, tous les fonctionnaires ne sont pas des ripoux !

Il n’empêche que l’affaire est gravissime. A preuve les condamnations immédiates des syndicats de police souvent prompts à défendre leurs collègues pour le principe et les propos de la plus extrême sévérité du ministre de l’intérieur qui entend se séparer de ces fonctionnaires. Tous ont compris que le feu ne devait pas prendre à une prairie qui se trouve dans une extrême sécheresse prête à l’embrasement.

 Car c’est peu dire que l’image des BACs est mauvaise dans les quartiers. On le comprend aisément : ils sont les empêcheurs de tourner en rond du business de l’économie souterraine ! Comme tous ceux qui viennent de l’extérieur ils dérangent les affaires. Mais bien évidemment c’est leur mode d’intervention qui frappe les esprits quand ils fondent sirènes hurlantes sur un quartier. On est loin des gardiens de la paix de jadis ! On n’est plus dans le registre Rambo, mais force est de reconnaitre que les situations dont ils sont appelés à connaître aujourd’hui n’invitent pas à l’angélisme. Les dangers encourus sont réels. Combien de policiers ont été pris à partie par des grappes d’individus venant en quelques instants au secours de celui qui est interpellé ? Combien ont essuyé des jets d’objets – pierres, ferrailles, réfrigérateurs même des étages -, parfois dans de véritables guet-apens, quand ce ne sont pas des coups de feu ? Combien ont été blessés, voire tués ?

Leurs interventions sont musclées. Il faut faire vite, tétaniser les éventuels récalcitrants pour les paralyser. Tout y contribue : la tenue civile qui n’a rien de bourgeoise, les armes brandies, y compris à la portière des voitures comme on l’a vu dans des reportages, la voix haute, le tutoiement, le rudoiement.

En faisant la part du feu on peut comprendre cette police de western car la tâche est malaisée et périlleuse… pour 2000 euros par mois.

On peut aussi entendre que la tentation soit grande de détourner une partie des sommes débusquées et les quantités de drogue saisies, les bijoux ou biens divers dont il sera difficile de retrouver les propriétaires. La fréquentation de la pègre n’est pas toujours sans tentation. Pour dire vrai, on ne serait pas surpris qu’à une autre échelle des faits identiques existent ailleurs qu’à Marseille. L’éthique personnelle, la déontologie, le regard des autres sinon la crainte de la hiérarchie et de la sanction pénale et disciplinaire détournent au quotidien les hommes de loi de la violer. Il n’y a pas lieu d’en douter. Notre police n’est pas à l’image renvoyée par ces policiers marseillais.

L’enquête dira dans le cas d’espèce ce qui a pu conduire à des pratiques loin d’être ponctuelles et individuelles.

Le plus grave est bien évidemment que ce comportement et cet état d’esprit d’une bonne partie de la BAC Matin des Quartiers Nord n’a pas pu ne pas rejaillir dans la pratique professionnelle au quotidien de ces policiers. A coup sûr des langues vont se délier. Les avocats vont avoir beau jeu dans les semaines et mois à venir de remettre en cause les investigations de ces policiers sinon de tous leurs collègues. Il deviendra difficile à un juge de dire comme trop le font qu’il se fie à la parole du policier du simple fait qu’il est assermenté. Bien évidemment ce serment ne suffit pas à lui seul aux yeux de nombre de magistrats car des policiersn comme tout un chacun, même de grands professionnels, peuvent se tromper. Il faut encore s’attacher aux faits. Mais quand on sera dans le parole contre parole comme souvent, l’accusation va être singulièrement fragilisée puisqu’elle ne pourra plus se présenter comme étant pure.

C’est donc un vrai coup de poignard qui a été donné au pacte police-justice.

Et puis il y a encore plus grave pour moi : cette poignée de policiers a servi sur un plateau à des quantités de jeunes et de moins jeunes un bon prétexte pour ne pas respecter la loi ou du moins pour justifier qu’ils ne la respectent pas. On grinçait des dents jadis en lisant dans une pleine page du Monde que tel grand chanteur de rock consommait de l’héroïne, que tel ministre mentait pour soutenir un de ses collègues qui lui-même avait menti à la justice, ou encore que tel président de la République traitait de connard des personnes qui l’interpellaient quand il prônait par ailleurs une République exemplaire. Ces illustrations qui s’en souvient aujourd’hui ? L’affaire de Marseille n’est pas prête à être étouffée et oubliée car elle parle à des millions de gens. Elle alimentera critique, suspicion, haine, etc. contre la police et pire contre toutes les institutions publiques. Courage aux pédagos de tout poil de la loi et de la République !

Les rapports de la police et de nombre de jeunes vivant dans les quartiers difficiles ne sont déjà pas aisés ; on aurait pu faire l’économie de ce nouveau scandale.

Certes ce n’est pas la première fois qu’une institution, une personne morale voire un pays se prend les pieds dans le tapis en portant en son sein des individus qui ont des pratiques à l’opposé de l’affichage. L’Eglise catholique en sait quelque chose avec ses prêtres et évêques pédophiles ! Et la classe politique avec ses élus condamnés pour détournement de fonds publics.

Plus que jamais une seule voie s’ouvre : la plus extrême rigueur.

Non seulement la loi générale doit s’appliquer - on n’a pas le droit de voler, de détourner des biens, de racketter -, mais le fait d’être porteur de la loi est une circonstance aggravante. Quand on achète une voiture à un garagiste on s’attend à ce qu’elle soit garantie contre tout accident antérieur qui pourrait mettre en cause sa fiabilité : la voiture sera passée au marbre ; cette garantie on ne peut pas l’attendre d’un simple quidam qui vous vend sa voiture. De même sur la foi de la plaque apposée sur sa porte on fait confiance au médecin que l’on va consulter.

C’est la confiance dans la police qui a été singulièrement écornée.

Les responsabilités doivent être nettement établies. Il ne s’agit pas d’appeler à punir plus ou moins fort – la justice judiciaire et administrative fera son travail sans qu’on ait à lui dicter quoi que ce soit sachant que 20 ans et la révocation sont encourus –, mais on doit se démarquer nettement de ces pratiques et surtout montrer aux yeux de tous que le système est suffisamment crédible pour ne pas hésiter à faire très nettement le ménage en son sein. Dans l’affaire marseillaise on sait maintenant que la hiérarchie soupçonneuse n’a pas décidé d’enterrer l’affaire mais au contraire a enquêté discrètement pour réunir les preuves qui étaient nécessaires pour faire cesser ces pratiques illégales

En tous cas il ne pourrait pas être entendu qu’il y a toujours deux justices selon qu’on est riche ou pauvre, puissant ou misérables! On sait que dans des affaires encore en cours des familles attendent depuis des années que justice leur soit rendue pour la mort de leurs enfants. On se souvient aussi du bruit dans tous les sens du terme suscité voici quelques mois par la condamnation confirmée en appel des policiers qui avaient truqué des procès-verbaux – donc commis des faux en écriture publique - pour couvrir la responsabilité de leurs collègues dans une accident de la circulation, etc. Ëtre juste et ferme contre les brebis galeuses ne suffira certainement pas. Il faudra bien sûr du temps, mais aussi des mesures concrètes. On retrouve ici le débat récurrent sur les contrôles d’identité de jeunes que l’on connait et la récente volteface du ministère de l’intérieur devant les résistances policières. Des pratiques comme le tutoiement doivent être bannies. A inverse il faut multiplier les caméras embarquées, etc.

Il faut surtout engager ce débat citoyen entre la population, les jeunes et la police pour sortir de l’intifada dans laquelle nous nous sommes installés. Il faut valoriser le travail policier. Je pense spécialement à tout ce qui est fait pour les victimes dans les commissariats et dans les services spécialisés pour les personnes victimes de violences sexuelles.

Cette démarche relève de la responsabilité de l’institution et de ses acteurs mais ainsi des syndicats comme ils le firent dans les années 70-80 sous la houlette de grands syndicalistes convaincus qu’il fallait casser l’image d’une police assimilée à la violence pratiquée dans certains commissariats.

Un vaste chantier est ouvert. Personne ne sait quand il sera clos.

PS  Ceci est un de mes derniers articles. Venant de voir notifié que ma collaboration avec lemonde.fr cessait d'ici 15 jours après six années riches de quelques 500 papiers enrichis de 15 000 commentaires souvent plus passionnants. Il semblerait que ce blog soit victime, avec d'autres, d'une restructuration économique de la plateforme, recherche de revenus publicitaires oblige! Je respecte ... et je regrette. Merci à tous ceux qui m'ont accompagné. JPR


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