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Camp d'internement français

- Wikipedia, 9/01/2012

Les camps d'internement français sont des centres de rétention administrative ou des camps de réfugiés ou de prisonniers de guerre, créés en France pendant la période s'étalant de la Première Guerre mondiale à la Seconde Guerre mondiale. En 1914-1918, on parlait officiellement de camps de concentration[1]. Toutefois, le titre de l'ouvrage de l'historien Jean-Claude Farcy, Les camps de concentration français de la Première Guerre mondiale (1995), a pu être critiqué en raison du changement de sens de l'expression « camp de concentration » depuis la Seconde Guerre mondiale et l'expérience des camps nazis : bien que les conditions de vie aient été très dures dans les camps français, et la mortalité élevée[1],[2], ils n'étaient pas secrets, n'entraient pas dans un projet d'extermination et duraient uniquement le temps d'un conflit[1] (Première et Seconde Guerres mondiales, guerre d'Espagne). On distingue ainsi en général d'une part entre camp de concentration et camp d'internement, et d'autre part ces deux formes de camp du camp d'extermination[1].

Le seul camp de concentration nazi, c'est-à-dire sous l'autorité directe de l'Allemagne nazie, ayant existé sur le territoire français est le Struthof[3],[4],[5],[6], en Alsace alors sous administration allemande. Ce camp était équipé d'une chambre à gaz. D'autres camps, d'internement, sur le territoire français, ont dépendu d'autorités étrangères: ainsi le camp de travailleurs chinois du Commonwealth établi à Noyelles-sur-Mer (Somme) entre 1916 et 1919[7] ou le camp d'internement de la police militaire américaine de Septèmes-les-Vallons (Bouches-du-Rhône) en 1944[7].

Environ 40 000 étrangers, dont de nombreux réfugiés espagnols, sont soumis, à partir de septembre 1940 au travail obligatoire dans ce qu'on appelle les « Groupes de travailleurs étrangers ». En métropole, il peut s'agir en zone libre de travaux agricoles dans des fermes pour remplacer les prisonniers de guerre, en zone occupée de travaux de fortification du mur de l'Atlantique dans le cadre de l'Organisation Todt.

En Afrique du Nord, dans des « camps de représailles » comme Hadjerat M'Guill, ou dans des chantiers comme celui du transsaharien, « de nombreux travailleurs succombent à la faim, aux maladies et à la torture »[8],[9]. Le procès des bourreaux d'Hadjerat M'Guill, ouvert le 29 janvier 1944 à Algers se conclut par quatre condamnations à mort et six condamnations à des peines de travaux forcés de dix ans, de vingt ans et à la perpétuité[10].

Sommaire

Avant la Seconde Guerre mondiale

Il faudrait distinguer ceux de la Première Guerre mondiale, et ceux qui furent ouverts par le gouvernement Daladier pour regrouper les réfugiés de la Guerre civile espagnole.

Soit au moins six camps dès avant 1939.

Il faudrait y ajouter :

  • les camps de prisonniers de guerre pour les Allemands en 1939, tels que le camp des Milles ; parfois un secteur particulier des camps précédents ; compte tenu du déroulement des opérations, les soldats allemands prisonniers furent peu nombreux.
  • ceux de l'Empire colonial, mal connus en Europe.

Pendant la Seconde Guerre mondiale

Dès 1939 les camps existants se rempliront d'Allemands et d'Autrichiens, c'est-à-dire indifféremment d'opposants au régime nazi (communistes, socialistes, opposants divers, Juifs allemands ou autrichiens) ou de personnes favorables au régime hitlérien, ou de combattants allemands. Ensuite, après la défaite de 1940 et la chute du régime républicain, viendront les Juifs, qui seront peu à peu livrés aux nazis.

Le régime des multiple camps qui ont existé en France pendant la guerre a été extrêmement variable, selon qu'ils se trouvaient en zone libre, en zone occupée ou en zone annexée, selon l'époque en distinguant avant et après la dénonciation du traité d'armistice en 1942 et l'invasion de la zone libre par les Allemands, et aussi selon leurs statuts qui allait d'un régime quasi carcéral, à celui de centres de villégiature pour réfugiés dont la direction était déléguée à des associations confessionnelles, en général protestantes d'origine alsacienne.

Sous la Troisième République et le régime de Vichy, seront créés des camps qui s'appelleront diversement :

  • Camps d'accueil ;
  • Camps d'internement ;
  • Camps de séjour ;
  • Centres de séjour surveillés ;
  • Camps de prisonniers.

Une autre catégorie apparaît sous le régime pétainiste :

Des camps d'internement des Tsiganes firent aussi leur apparition sous le régime de Vichy : voir l'article Porajmos.

Il n'a existé qu'un seul camp d'extermination en France, le camp du Struthof, ou Natzweiller-Struthof, créé par les nazis en Alsace, territoire alors annexé par l'Allemagne. Il possédait une chambre à gaz de fortune qui fut utilisée pour exterminer au moins 86 détenus (notamment Juifs) dans le but de constituer une collection de squelettes intacts (ce mode d'exécution ne les altérant pas) pour le professeur nazi August Hirt.

À proximité, se trouvait le camp de rééducation de Vorbrück-Schirmeck, destiné aux Alsaciens Mosellans annexés au Reich et récalcitrants.

À partir de 1942, plusieurs camps d'internement sous administration française sont devenus les antichambres des camps d'extermination allemands en Europe de l'Est. En zone occupée, le camp de Drancy fut jusqu'en 1942 sous administration française. La gendarmerie et la police française furent réquisitionnée par les SS afin de les assister pour convoyer plusieurs trains de déportés à destination des camps d'extermination situés en Allemagne.

Camps en métropole

« L'ouverture rapide de nouveaux camps sera créatrice d'emplois et la gendarmerie ne cessera d'embaucher à cette époque », Maurice Rajsfus, Drancy, un camp de concentration très ordinaire, Cherche Midi éditeur.

On ajoutera :

  • Struthof, ou Natzweiller-Struthof, en Alsace, seul camp de concentration créé par les nazis en territoire français annexé.
  • Schirmeck, en Alsace, camp de redressement nazi à l'attention des Alsaciens et Mosellans réfractaires au nazisme.

Camps en Algérie

Dans les départements français d'Algérie et départements français du Sahara, des camps de travail ou d'internement pour les Juifs et travailleurs étrangers sont créés.

Note : 600 militants, communistes ou responsables syndicaux pour la plupart, anarchistes aussi, avaient été déportés sans jugement particulier [réf. nécessaire]. Parmi eux, figuraient les 27 députés communistes dont Florimond Bonte a retracé « le Chemin de l’honneur », qui avaient été condamnés à cinq ans de prison en avril 1940 par un tribunal militaire. Les députés avaient été enfermés au bagne de Maison Carrée, les autres dans des camps du Sud algérois, notamment à Djelfa, ou du Sud oranais.[27] ;

Camps au Maroc

Camps en Tunisie

  • Gafsa, pour les internés de droit commun.
  • Le Kef, pour les étrangers.

Camps en Indochine

Il y eut plusieurs camps d'internement et de concentration japonais pour les populations civiles françaises durant l'occupation japonaise.

À la Libération

Camps pour les suspects de collaboration

Pendant la période de la libération (juin 1944 - mai 1946) de nombreux camps servent à l'internement administratif des suspects de collaboration dans le cadre de l'épuration.

Camps pour les prisonniers de guerre allemands

Environ 750 000 prisonniers de guerre allemands sont internés en France en 1945, encore 301 000 au début de 1948 et les derniers sont libérés fin 1948[28].

Exemples : camps de Voves [29] , de Gurs[30], Joffre à Rivesaltes...

Camps pour « nomades »

La dernière fermeture de camp pour « nomades » a lieu le 1er juin 1946.


Camps français de soviétiques enrôlés dans l'armée allemande

Parce qu'ils sont réclamés par Staline, la France interne dans plusieurs camps, dont le camp de Beauregard situé à La Celle-Saint-Cloud, les citoyens soviétiques enrôlés de force par l'armée allemande qui se trouvent sur le territoire français[31].

Après la Seconde Guerre mondiale

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Des camps ont existé, pendant les guerres d'Indochine et d'Algérie, généralement appelés camps de regroupement.

Guerre d'Algérie

Durant la guerre d'Algérie, le Ministère de l'Intérieur français obtint en 1957 la possibilité de recourir à nouveau à l'internement administratif collectif. Plusieurs centres d'assignation à résidence surveillée furent créés en métropole sur des sites militaires : Larzac (Aveyron), Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), Saint-Maurice-l'Ardoise (Gard), Thol (Ain), Vadenay (Marne). Près de 14 000 Algériens suspectés d'être membres du Front de libération nationale (FLN) y furent internés.

Le plus important était le camp de Larzac, à la fois par sa taille — plus de 30 km2, près de 4 000 assignés et plusieurs centaines de membres du personnel — et par sa place dans l'organisation centrale de l'internement.

Après les accords d'Évian, en 1962, plusieurs de ces camps sont dévolus de façon durable à "l'accueil" des harkis, dans des conditions de fonctionnement restant proches de celles des camps d'internement.

En Algérie même, l'armée crée des camps de regroupement. Elle chasse la population de ses habitations et la concentre dans ces camps afin de créer des « zones interdites » et de priver le FLN de l'appui de la population.

Michel Rocard est l’auteur, sous un pseudonyme lorsqu’il était administrateur sortant de l'ENA dans les bureaux de l’Armée française pendant son service militaire en Algérie, du Rapport sur les camps de regroupement en Algérie. Il les qualifie de « camps de concentration ».

L'historien Yves Courrière estime à deux millions le nombre d'Algériens ayant vécu dans ces camps durant la guerre d'Algérie[réf. nécessaire] .

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Bibliographie

  • La SNCF sous l'Occupation allemande, Institut du temps présent, CNRS, 1996,
  • Laurette Alexis-Monet, Les miradors de Vichy, préface de Pierre Vidal-Naquet, Les Editions de Paris Max Chaleil, 1994, 2001, (ISBN 2842610144),
  • Anne Boitel, Le Camp de Rivesaltes (1941-1942),
  • Yves Courrière, La Guerre d'Algérie, 4 tomes (Les Gils de la Toussaint, Le Temps des léopards, Le Temps des colonels et Les Feux du désespoir), Fayard, 1969,
  • Thomas Fontaine, Les Oubliés de Romainville. Un camp allemand en France (1940-1944), Taillandier, 2005
  • Anne Grynberg, Les Camps de la honte. Les internés juifs des camps français 1939-1944, La Découverte, 1991, réédit. 1999, (ISBN 270713046X)
  • Claude Laharie, Le Camp de Gurs. 1939-1945. Un aspect méconnu de l'histoire du Béarn, Pau : Infocompo, 1985, 397 p.
  • André Moine, Déportation et résistance en Afrique du Nord (1939-1944), Paris, Éditions sociales, 1972.
  • Denis Peschanski, La France des camps - L'internement (1938-1946), Gallimard - Mars 2002. "Entre le décret du 12 novembre 1938, qui permit d'interner les «indésirables étrangers» dans des centres spécialisés, et la libération du dernier interné en 1946, six cent mille hommes, femmes et enfants ont été enfermés dans les camps français. Denis Peschanski fait ici l'histoire d'un phénomène à la fois durable et massif, que de rares ouvrages pionniers n'avaient abordé que partiellement. [...] La France des camps, à partir d'une cartographie précise, dessine la géographie inattendue d'un archipel. Deux cents camps, avec leurs bâtiments, leurs aménagements, une administration, des ministères de tutelle aux gardiens, des rapports socio-économiques avec leur région, une société internée, des solidarités, une entraide officielle et non officielle, dont la description concrète est permise par des archives abondantes, auxquelles s'ajoutent les témoignages poignants des internés eux-mêmes." Quatrième de couverture.
  • Denis Peschanski, La France des camps (1938-1946), thèse, janvier 2001.
  • Maurice Rajsfus, Drancy, un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Le Cherche-Midi éditeur, 2005 (ISBN 2862744352).
  • Madeleine Steinberg, Les camps de Besançon et de Vittel, dans Le Monde juif, no 137, janvier-mars 1990.
  • Annette Wieviorka, "L'expression 'camp de concentration' au XXe siècle", Vingtième siècle. Revue d'histoire, n° 54, 1997.

Notes et références

  1. a, b, c et d Marc Bernardot (2008), Camps d'étrangers, Terra, p.33-36
  2. [1] donne par exemple le chiffre de 3000 morts juifs au total dans les camps français, pour un nombre d'internés juifs de l'ordre d'une centaine de milliers
  3. Reportage de RFI du 26 janvier 2005
  4. Documentaire de Monique Seeman et Alain Jomy, France 3 (2004-2005)
  5. Article sur Mémoire 78
  6. François Amoudruz, Le Struthof, le seul camp de concentration en France ", Historiens et géographes - Bulletin de l'Association des Professeurs d'histoire et de Géographie, n° 347, février 1995.
  7. a et b Marc Bernardot (2008), op. cit., p. 53-54
  8. Peter Gaida Camps de travail sous Vichy. Les « Groupes de travailleurs étrangers » (GTE) en France 1940-1944
  9. Assemblée nationale, Proposition de loi n° 171 du groupe communiste tendant à assurer le droit à réparation pour les résistants déportés, emprisonnés et internés en Afrique du Nord (1940-1944), 20 août 1997.
  10. Jacques Cantier, Éric Jennings, « L'empire colonial sous Vichy », Odile Jacob, 2004, p.193
  11. voir [2]
  12. voir [3] et [4]
  13. Voir [5]
  14. [6]. Il faut rappeler que les communistes ont été internés dès 1940, en période de guerre, à cause du Pacte germano-soviétique qui en faisait des « alliés » de l'ennemi. Les communistes furent à nouveau internés, cette fois-ci par le gouvernement du maréchal Pétain ou par les autorités occupantes après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie
  15. La drôle de guerre avec les chemins de mémoire, partez à la découverte des hauts lieux de mémoire
  16. [7] [PDF]
  17. Le camp de Jargeau, juin 1940 - décembre 1945. Histoire d'un camp d'internement dans le loiret. Pascal Vion. Edition: Centre de recherche et de documentation sur les camps d'internement et la déportation juive dans le Loiret. ISBN 2-9507561-0-7
  18. Histoire du Camp de la Lande à Monts
  19. Camp de Miellin - http://miellin1939.canalblog.com
  20. Listes des internés du camp des Milles 1941
  21. Liste des internés transférés à Drancy
  22. Source site de Mémoire et espoir de la Résistance
  23. http://www.jewishtraces.org/recherche.php Liste des internés transférés à Gurs]
  24. Explore
  25. Comité international de coordination et d'information pour l'aide à l'Espagne républicaine. Éditeur scientifique, Deux missions internationales visitent les camps de réfugiés espagnols : mai 1939 / éd. par le Comité international de coordination et d'information pour l'aide à l'Espagne républicaine, Comité international de coordination et d'information pour l'aide à l'Espagne républicaine (Paris), 1939-1940 [lire en ligne] [présentation en ligne] 
  26. Camp de Bossuet (Oran), sur le site apra.asso.fr
  27. L'Humanité, 24 août 1994,[8]
  28. Gaspard Delon, Les prisonniers de guerre allemands dans la France de l’immédiat après-guerre, arte-tv.net, juillet 2005
  29. d' août 1944 à 1947
  30. de façon brève
  31. Georges Coudry, « Les camps soviétiques en France : les "Russes" livrés à Staline en 1945 », A. Michel, 1997 (ISBN 2226089365)

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