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François Rollinat

- Wikipedia, 5/12/2011

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François Rollinat, né le 13 juin 1806 à Argenton-sur-Creuse et décédé le 13 août 1867 à Châteauroux, est un homme politique français.

Sommaire

Biographie

Né dans une famille lettrée originaire d'Argenton-sur-Creuse, il étudie le droit et est à 22 ans avocat à Châteauroux. Son père, Jean-Baptiste Rollinat, avocat le plus réputé de Châteauroux, intelligent, brillant, joyeux mais joueur, insouciant et fantasque, lui transmet bientôt son cabinet, à charge de prendre en mains l'éducation de ses onze frères et sœurs. François Rollinat mène dès lors une vie difficile, entre ses affaires qui absorbent son temps, ses responsabilités familiales et les soucis d'argent qui vont de pair. Son humeur devient sombre et neurasthénique[1] mais, dès qu'il peut disposer de temps libre, il retrouve le tempérament joyeux et bon vivant de son père[2].

L'amitié avec George Sand

Cette personnalité complexe fascine George Sand qui le rencontre en 1831 à Nohant où il a été invité avec son père, et elle trouve en lui une sorte de double. Ils se lient d'une amitié romantique et le resteront toute la vie. François a une extraordinaire capacité d'écoute, renforcée par une affection probablement amoureuse mais chaste, et George peut faire défiler à loisir ses émotions et le récit de ses liaisons. Elle lui écrit : Je ne t'ai pas trouvé supérieur à moi, par nature, sans cela j'aurais conçu pour toi cet enthousiasme qui conduit à l'amour[3]. François la visite à Nohant et dans sa maison de Gargilesse. Elle va le voir à Châteauroux[4] et à Bel-Air près d'Argenton[5]. Quand ils sont éloignés, ils s'écrivent. Ils ont ainsi échangé une importante correspondance, dont une large partie a été publiée. La première lettre dans la Correspondance est de 1831[6]. George Sand a fait de son ami, qu'elle appelait Pylade, des portraits très développés et attachants dans plusieurs de ses livres[7],[8]. Elle écrit : Avec lui et pour lui, je fis le code de la véritable et sainte amitié, d'une amitié à la Montaigne, toute de choix, d'élection et de perfection. Cela ressembla d'abord à une convention romanesque, et cela a duré vingt-cinq ans, sans que la sainte couture se soit relachée un seul instant, sans qu'un doute ait effleuré la foi absolue que nous avons l'un dans l'autre, sans qu'une exigence, une préoccupation personnelle aient rappelé à l'un ou à l'autre qu'il était un être à part, une existence différente de l'âme unique en deux personnes[9]. François Rollinat est dédicataire de la cinquième Lettre d'un voyageur et de Un hiver à Majorque. L'avant-propos de François le Champi et la préface de La petite Fadette ont la forme de dialogues avec François Rollinat[10].

Le député de la Deuxième République

François Rollinat est républicain. Il est adjoint au maire de Châteauroux quand la monarchie orléaniste s'effondre. Il se présente aux élections de l'Assemblée nationale constituante en avril 1848 et est élu[11] représentant de l'Indre, 7e des élus, par 24 374 voix sur 60 569 votants. Il a 41 ans. Il esr réélu le 13 mai 1849, représentant de l'Indre à l'Assemblée nationale législative, 5e et dernier, par 23 924 voix sur 50 138 votants, un score proportionnellement meilleur que celui de l'année précédente malgré la lame de fond du Parti de l'ordre[12],[13]. Ses deux mandats à Paris vont lui permettre de trouver une nouvelle vie intellectuelle qui correspond à ses aspirations.

Il siège à gauche mais où se classe-t-il ? C'est certainement un républicain de la veille mais il n'est ni radical ni socialiste et siège parmi les opposants modérés. Il va jouer un rôle actif à l'Assemblée, au comité des affaires étrangères dont il est membre et dans tous les grands débats politiques de la Deuxième République. Il prend ainsi parti, avec la minorité démocratique, contre la poursuite de Louis Blanc et du préfet de police Caussidière devant la Haute cour de justice de Bourges, pour l'ordre du jour en faveur de Cavaignac, pour l'abolition de la peine de mort, pour l'amendemenr Grévy qui s'oppose à l'élection du président de la République au suffrage universel. François Rollinat s'oppose aussi à l'expédition de Rome contre les Républicains italiens, à l'interdiction des clubs, aux restrictions de la liberté de la presse et en particulier au cautionnement obligatoire, à la loi Falloux trop favorable à l'enseignement catholique, à la loi du 31 mai 1849 restreignant le suffrage universel. Il vote pour l'amnistie, pour la réduction de l'impôt sur le sel et la suppression de l'impôt sur les boissons[14].

Après le coup d'État du 2 décembre 1851 et la dissolution de l'Assemblée, le républicain François Rollinat ne voit plus d'espoir de poursuivre sa carrière politique. Il retrouve à Châteauroux sa vie professionnelle qui lui parait toujours grise mais aussi sa proximité avec George Sand et la poursuite de leur amitié. Il meurt brusquement à l'âge de 61 ans et repose au cimetière Saint-Denis de Châteauroux.

Il a eu deux fils, Émile Rollinat (1843-1876), capitaine d'infanterie, qui s'est suicidé, et Maurice Rollinat (1846-1903) dont l'œuvre poétique quelquefois tourmentée a été très inspirée par la personnalité de son père[15] et sa jeunesse à Bel-Air[16].

Bibliographie

  • George Sand, Journal intime, 1834
  • George Sand, Sketches and Hints, 1835
  • George Sand, Lettres d'un voyageur, "Lettre à François Rollinat", p. 126-151, 1835
  • George Sand, Histoire de ma vie, 1855
  • George Sand, Tamaris, chapitre "À Rollinat, journal", 1862
  • George Sand, Correspondance
  • Wladimir Karenine, George Sand, sa vie, son œuvre, 4 volumes, Plon Nourrit, Paris, 1899-1926
  • Jules Bertaut, "G. Sand et Fr. Rollinat", in Revue de Paris, p. 585 et suivantes, juin 1914
  • Jules Bertaut, Une amitié romantique, lettres inédites de George Sand et François Rollinat (15 lettres de George Sand et 14 de François Rollinat), Renaissance du Livre, Paris, 1921, numérisé par l'Université de Toronto
  • Eugène Hubert, "Note sur la famille Rollinat", in Revue du Berry, p. 78-81, Bourges, 1904
  • George Sand et le Berry, collectif, chapitre VI (1831-1835), "Départ de Nohant. Les Berrichons à Paris. Une nouvelle connaissance : Fr. Rollinat", p. 132 et suivantes
  • Jean-Yves Ribault, "Satellistes de George Sand : deux lettres de François Rollinat à Michel de Bourges", in Cahiers d'archéologie et d'histoire du Berry, n° 6, septembre 1966
  • Georges Lubin, "Quelques notes inédites sur la famille de Maurice Rollinat", in Bulletin de l'Association des amis de Maurice Rollinat, n° 4, 1958.

Portrait

  • Portrait au crayon noir par George Sand, 1833[17]

Notes et références

  1. Voir le portrait de 1833.
  2. Sur le tempérament de François Rollinat et de son père, voir Georges Lubin, "George Sand et les Rollinat", in Bulletin des amis de Maurice Rollinat, n° 27, 1986.
  3. Correspondance, I, 20 septembre 1834 ; François Rollinat a alors 28 ans et George Sand 30.
  4. La maison des Rollinat est au 3 rue des Notaires (plaque).
  5. Cette résidence campagnarde, acquise à Ceaulmont en 1850 par François Rollinat, a été le lieu des vacances du jeune Maurice Rollinat.
  6. Correspondance, I, C XXI, 20 septembre 1931 ; François Rollinat a 25 ans.
  7. Voir Bibliographie.
  8. Ainsi, Histoire de ma vie, IV, p. 68-95
  9. Histoire de ma vie, IV, XIII, p. 129
  10. V. Les amis de George Sand, Edition du bicentenaire, n° 26, 2004.
  11. Première élection au suffrage universel direct masculin depuis 1792
  12. Sur les deux scrutins, voir Assemblée nationale, Base de données historique des députés français depuis 1789
  13. A. Robert et G. Gougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889
  14. Sur les votes de François Rollinat, voir la base de données de l'Assemblée nationale.
  15. Les névroses, 1883, L'abîme, 1886
  16. Dans les brandes, 1877, La nature, 1892
  17. Collection David Sickles ; le portrait a été reproduit dans Les amis de George Sand, "Correspondance : bilan provisoire", nouvelle série, p. 32, n° 10, 1989.

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