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Privilège de Saint-Romain

- Wikipedia, 30/12/2011

Page de titre du livre de A. Floquet, Rouen, 1833. Illustration : jeton de la Confrérie de Saint-Romain
L'avers montre saint Romain et le condamné à mort à ses pieds. Le revers montre l'élu (devant, les chaînes aux bras) portant la fierte de saint Romain.

Le privilège de saint Romain permettait au chapitre de la cathédrale de Rouen de gracier chaque année un condamné à mort le jour de l'Ascension. Son origine fait partie de la légende de saint Romain. Sans cesse contesté par le roi de France, il a été exercé pour la dernière fois en 1790.

Sommaire

Origine légendaire

Saint Romain, évêque de Rouen au temps de Dagobert (629 - 639), décida de dompter un monstre des eaux, la Gargouille[1], qui désolait les marais de la rive gauche. Il demanda un compagnon et seul un condamné à mort accepta. Saint Romain passa son étole au cou de la Gargouille, et elle fut menée à la ville, tenue ainsi en laisse par le condamné à mort. Celui-ci fut gracié. Dagobert (ou son fils Clovis II) donna à l'évêque de Rouen saint Ouen le privilège de gracier un condamné chaque année.

Histoire

Le privilège de Saint-Romain[2], exercé par le chapitre de la cathédrale de Rouen, était vu par le roi de France comme un empiètement sur son droit de grâce. En 1210, le gouverneur du château royal de Rouen (celui où Jeanne d'Arc sera enfermée en 1431) refuse de remettre le prisonnier. Le chapitre adresse une remontrance au roi Philippe-Auguste. L'enquête royale établit que le privilège était déjà exercé sous le règne du roi Plantagenêt Henri II (1154 - 1189). Au cours du temps, le chapitre réussit à maintenir le privilège, malgré les tentatives des institutions de l'État. Au XVe siècle, la légende est publiée, les vitraux de la cathédrale de Rouen et de l'église Saint-Maclou représentent la scène. En 1542, la Fierte Saint-Romain, monument en forme d'estrade couverte, est édifiée sur la place des Halles pour la solennité[3]. Le roi Henri IV (1589 - 1610) tente d'exclure les condamnés pour certains crimes (lèse-majesté, hérésie, fausse monnaie, assassinat par guet-apens, viol). En 1791, Adrien Duport, rapporteur de la réforme judiciaire à l'Assemblée constituante, déclare que ce privilège avait été aboli comme les autres par la nouvelle Constitution du royaume.

Procédure

La Fierte Saint-Romain, avant 1900 (Guy Pessiot, Histoire de Rouen: 1850-1900 en 500 photographies)

Dix-huit jours avant la fête de l'Ascension[4], une délégation du chapitre va au Parlement de Rouen et autres institutions de justice, rappeler l'existence du privilège. Toutes les exécutions capitales sont suspendues. Pendant les trois jours des Rogations qui précèdent l'Ascension, le chapitre enquête pour élire le condamné qui sera gracié. Le privilège permet aux délégués du chapitre d'entrer dans toutes les prisons et de se faire présenter tous les prisonniers qu'ils veulent entendre. Le chapitre tient audience pour entendre des témoins et prendre connaissance des interventions écrites. Tout ce qui est dit est couvert par un secret sous serment « comme celui de la confession ». Le matin de l'Ascension, le chapitre vote ; seuls les chanoines prêtres y ont une voix. L'élu est extrait de la prison et reçu par le président du Parlement qui vérifie que son crime fait partie de ceux que prévoit la coutume d'amnistie. Ensuite, le chapitre et la confrérie de Saint-Romain se rendent en procession de la cathédrale à la Haute-Vieille-Tour où est conservée la Fierte, châsse des reliques de saint Romain ; l'élu ferme la marche. L'élu monte les marches du monument de la Fierte Saint-Romain sur la place des Halles, et lève trois fois le reliquaire devant la foule[5]. La procession suivie de la châsse portée par l'élu continue vers la cathédrale pour la grand-messe. Après des cérémonies expiatoires, le gracié prête serment de ne pas récidiver et est libéré.

Mémoire

Le monument de la Fierte Saint-Romain est toujours visible à Rouen. Il est adossé au bâtiment de la Halle-aux-Toiles reconstruit à l'époque moderne. Seule subsiste la façade des anciennes halles[6] contigüe à la fierte; le reste des anciennes halles ont été anéanties par les bombardements de 1944 ; la place du marché, ainsi que la Haute-Vieille-Tour, cadre de la cérémonie, ont disparu. La châsse de Saint-Romain, du XIIIe siècle, est conservée dans le Trésor de la cathédrale de Rouen.

Bibliographie

  • Toussaint Gautier, « Confrérie de Saint-Romain », dans le Dictionnaire des confréries et corporations d'arts et métiers, volume 50 de la Nouvelle encyclopédie théologique, page 656 et suiv., Jacques Paul Migne, Paris, 1854. [lire en ligne] sur Google Livres, page 663.
  • Adolphe Archier, Le Privilège de Saint Romain. Chronique du XVIIe siècle, Fleury fils aîné, Rouen, 1847. [lire en ligne]
  • Suzanne Dufayel, Histoire du privilège de Saint-Romain, Rouen, 1936 
  • Yvon Pailhès, Rouen : un passé toujours présent… : rues, monuments, jardins, personnages, Luneray, Bertout, 1994, 285 p. (ISBN 2-86743-219-7) (OCLC 466680895), p. 92-93 

Notes et références


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