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Jules Durand

- Wikipedia, 29/01/2012

Jules Durand, né le 6 septembre 1880 au Havre et mort le 20 février 1926 à l'asile de Sotteville-lès-Rouen, est un syndicaliste français, militant anarchiste, victime en 1910 d'une grave erreur judiciaire.

Sommaire

Biographie

Débuts professionnel et militant

Amené très tôt à travailler, il fréquente l’université populaire des Bourses du Travail. Il commence sa carrière professionnelle comme docker, puis devient, comme son père avant lui, charbonnier-journalier.

Il s'intéresse rapidement aux idées de lutte des classes, à travers ses lectures de Louise Michel, Proudhon ou Émile Pouget. Il rallie le syndicalisme révolutionnaire, aide à constituer l’union départementale des syndicats et devient secrétaire du syndicat corporatiste des charbonniers (400 adhérents en 1910).

La grève d'août 1910

Jules Durand sur un drapeau dans une manifestation au Havre

En août 1910, ce syndicat lance une grève illimitée « contre l’extension du machinisme, contre la vie chère, pour une hausse des salaires et le paiement des heures supplémentaires ». Pour combattre ce mouvement de grève, les compagnies portuaires et maritimes havraises décident d'embaucher des hommes qu'elles paient trois fois plus cher, anti-grévistes, surnommés « renards [1] » par les ouvriers en grève.

Le 9 septembre 1910, cinq hommes ivres se bagarrent : Louis Dongé, l'un des "renards" et quatre autres charbonniers grévistes (bien que non syndiqués). Louis Dongé meurt le lendemain, les quatre charbonniers sont arrêtés et c'est le début de « l'affaire Durand » qui va faire grand bruit dans le monde ouvrier havrais au début du XXe siècle.

L'affaire Durand : la sanglante chasse au renard

Une manipulation politico-judiciaire ?

Les autorités havraises (surtout la Compagnie générale transatlantique, devenue Compagnie Générale Maritime le 5 avril 1974) considérant que la grève n'a que trop duré auraient « acheté » des charbonniers pour qu'ils témoignent contre Jules Durand, ces derniers affirmant que c'est le syndicat lui-même qui aurait voté l'assassinat de Louis Dongé, et que l'instigateur de ce vote aurait été Jules Durand, secrétaire du syndicat. La presse locale (principalement Le Havre Éclair) s'était également emparée de cette affaire faisant de Durand un responsable, sinon un coupable du meurtre de Dongé. L'affaire changeait de statut : on passait de la simple rixe entre ivrognes à une mort quasi préméditée.

Arrestation

Jules Durand est arrêté le 11 septembre 1910 sous le chef d'inculpation suivant : incitation et complicité de meurtre sur la personne de Louis Dongé. Sont aussi inculpés les quatre coupables du meurtre, ainsi que les frères Boyer, secrétaire adjoint et trésorier du syndicat.

Procès et condamnations

Le procès s'ouvre le 10 novembre 1910 à la cour d'assises de Rouen. Un des avocats de Durand sera René Coty, lui aussi havrais et futur président de la Quatrième République (1954-1959).

Le 25 novembre, le verdict tombe : les frères Boyer sont acquittés, trois des quatre véritables coupables condamnés à des peines de prison. Jules Durand reçoit la peine suprême : celle de la condamnation à mort. Pris d'une crise de nerfs à la fin du procès, Jules Durand commence à perdre la raison (il ira 40 jours à l'asile).

Les suites du procès : manifestations de soutien, révision du verdict, libération et déclaration d'innocence

Le jour du verdict, à 10 heures du soir, l'Union des syndicats reçoit un télégramme annonçant la condamnation à mort de Durand. C'est la révolte et la colère, et trois heures plus tard, il est décidé de faire une « campagne d’agitation et de protestations ». Le 28 novembre, une grève générale de 24 heures en soutien à Jules Durand commence qui paralyse Le Havre et dont les perturbations dureront finalement au-delà...

Devant les mouvements qui gagnent en France, en Angleterre et aux États-Unis et la désapprobation de Ligue des droits de l’homme, sa peine de mort est commuée en sept ans de réclusion.

La mobilisation ne perdant pas de sa force, il est finalement libéré le 15 février 1911, mais pour aller directement à l'asile (hôpital psychiatrique) de Sotteville-lès-Rouen où il mourra le 20 février 1926. Entre-temps, le 15 juin 1918, il est déclaré innocent.

À propos de l'affaire Durand

Armand Salacrou, écrivain havrais a tiré une pièce de théâtre de l'affaire : Boulevard Durand (Chronique d'un procès oublié), Éd. Gallimard, 288 p., 1961. Rééditions dans la collection "Folio" à partir de 1972.

Alain Scoff est l'auteur d'un ouvrage sur l'affaire, Un nommé Durand Éd. JC Lattès, 1984.

En 1963, La Comédie du Nord sous la direction d'André Reybaz avait rencontré un succès dans la capitale au point que des milliers de personnes n'avaient pu trouver de place pour assister aux représentations de Boulevard Durand. La Comédie du Nord est venue jouer la pièce d'Armand Salacrou à Laval, Mayenne, le mardi 9 avril 1963 devant un maigre public. Robert Bourzeix, alors directeur du Théâtre (lequel était aussi un cinéma qui projetait cette semaine-là Le Glaive et la Balance d'André Cayatte) avait invité le neveu du Président Coty, le Dr. Roland Coty chirurgien à la clinique Saint-François à Laval, mais ce dernier a décliné l'invitation. Pour information le Président Coty était venu assister au mariage de son neveu en 1955.

Un livre écrit par Philippe Huet, Les quais de la colère, retrace l'histoire de Jules Durand et plus largement celle des charbonniers.

Une brochure a été publiée par la CNT-RP (éditions) en 2010 pour commémorer le centenaire de la machination contre Jules Durand : L'Affaire Durand : 1920-2010, centenaire de la machination contre Jules Durand, anarchiste et syndicaliste du Havre par Patrick Rannou.

Le 25 novembre 2010, en présence de Christiane Delpech, petite-fille de Jules Durand, en association avec la Ligue des droits de l'Homme, le collectif Jules-Durand et le Théâtre de l’Ephémère, l’intersyndicale havraise CGT-CFDT-FSU-Solidaires, épaulée par le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France a rendu hommage à Jules Durand « dans le cadre du centenaire du verdict immonde qui avait condamné à mort le syndicaliste révolutionnaire en 1910[2]. »

L'Affaire Quinot. Un forfait judiciaire, Paris, CNT-RP, roman d'Émile Danoën (1920-1999, prix du roman populiste en 1951 avec Une maison soufflée aux vents), qui raconte aussi l'histoire de Jules Durand, est paru fin 2010.

Voir aussi

Bibliographie

  • Nathalie Castetz, La résurrection du "Dreyfus ouvrier", dans Libération, 7 mars 2011, pages 38-39.

Liens externes

Notes et références

  1. Les syndicats jaunes sont des organisations apparues pour faire obstacle aux syndicats ouvriers et ils furent considérés comme des briseurs de grève. Lors de leur création en 1899, leur emblème était un gland jaune et un genêt. Par extension, un membre d'un syndicat jaune était appelé péjorativement jaune, et ici renard est utilisé comme une métaphore de jaune
  2. Article du site bellaciao.org

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